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Agir contre l’imposture scientifique  et le charlatanisme en cancérologie

Etude sur les principes actifs des remèdes de Mirko Beljanski 


Des milliers de substances naturelles provenant du monde végétal, des invertébrés marins ou des micro-organismes ont montré des propriétés antinéoplasiques lors de nombreux contrôles effectués par des chercheurs depuis des dizaines d’années. Beaucoup ont été abandonnées en raison de leur trop grande toxicité ou de leur efficacité insuffisante. Le rapport est probablement de I/I000 de substances retenues parmi celles qui ont montré des propriétés anticancéreuses intéressantes comme le taxol isolé de l’if, ou la vincristine extraite de la Pervenche de Madagascar.


Parmi les substances non retenues, pour citer quelques exemples, l’aliso-B-acetate du plantain d’eau, Les colorants de l’indigotier (indigotine, indirubine), la podophylline de la pomme de mai, l’acronycine issue d’une rutacée australienne, l’harringtonine et l’homoharringtonine provenant de diverses espèces de céphalotaxées originaires de Chine, La maytansine issue d’une Celastracée africaine.... sont des alcaloïdes qui pourraient remplacer la flavopérerine du pao pereira utilisée dans les préparations de Mirko Beljanski. Peut-être qu’un jour, un charlatan aura l’audace de présenter des capsules contenant l’un de ces alcaloïdes en prétendant avoir également trouvé un nouveau remède miracle contre les cancers…


Tous ces agents anticancéreux également dénommés cytostatiques, ont la particularité d’être toxiques aussi bien sur les cellules saines que cancéreuses. Mais la plupart montrent une activité optimale pour certains tissus. Par exemple le taxol est surtout utilisé en chimiothérapie des carcinomes de l’ovaire et du sein, des carcinomes bronchiques non à petites cellules et le sarcome de Kaposi. Les antinéoplasiques regroupent tous les cytostatiques utilisés en médecine courante, et parmi ceux-ci, les antimitotiques agissent sur l’une des phases de la mitose. Pratiquement tous les cytostatiques sont plus ou moins mutagènes et cancérigènes, y compris à faible dose avec une toxicité plus ou moins retardée (1). Les propriétés mutagènes des antimitotiques ont été récemment reconnues par une directive européenne pour la protection des femmes enceinte au travail (2/85/CEE annexe-I-§A.3). Des études ont montré que les alcaloïdes des Mirko Beljanski sont aussi des cytostatiques expliquant les résultats obtenus dans des essais in vivo et in vitro. Mais ces contrôles n’ont jamais démontré qu’ils pourraient produire des résultats supérieurs aux associations couramment utilisées de nos jours en clinique courante d’autant que le ratio bénéfices/risques n’a jamais été établi. En vente libre aux doses indiquées, ces alcaloïdes présentent des risques génotoxiques non négligeables.


1) Pharmacologie - mécanisme d'action des anticancéreux cytostatiques



Les alcaloïdes testés par Mirko Beljanski :

La flavopéreirine du Pao Pereira n’est pas inconnue en pharmacologie quand Mirko BELJANSKI l’étudie avec son oncotest. Les extraits de cette plante sont déjà signalés dans la littérature médicinale pour leur utilisation ancienne comme un substitut de la quinine (1). Les propriétés anticancéreuses de la quinine sont connues dans les années 1600 et confirmées en 2002 par des chercheurs espagnols (Miquel Coll et Joan Aymami). Le principe actif de la quinine, la Cryptolepine, appartient à la famille des intercalants qui ont la propriété d’interférer avec la double hélice d’ADN au niveau de deux bases complémentaires : la cytosine et la guanine, provoquant l’arrêt du cycle cellulaire (rien à voir avec un recollement d’ADN déstabilisé). A noter que la quinine est maintenant connue pour présenter des hypersensibilités, des troubles hématologiques et des troubles cardiaques disproportionnés au regard de l’effet bénéfique recherché. La quinine, fait partie des médicaments plus dangereux qu’utiles figurant dans la revue « prescrire » de février 2013.


La sempervirine de la rauwolfia serpentina (également expérimentée par M BELJANSKI avec son oncotest) et un dérivé de la flavopéréirine (dihydroflavopereirine) ont fait l’objet en 1985 d’un contrôle expérimental publié dans les « annales pharmaceutiques Françaises » montrant que dans certaines conditions expérimentales, « un certain degré antimitotique a été démontré lié à la structure moléculaire » ; donc, rien d'extraordinaire pour ces alcaloïdes qui appartiennent bien à la classe des antimitotiques mais qui n’ont pas montré être supérieurs aux antinéoplasiques couramment utilisés en clinique (2). D’ailleurs Mirko BELJANSKI avait lui-même montré la relative efficacité d’une autre molécule, l’alstonine administrée seule à des souris ayant reçu une greffe de lymphome YC8 ou porteuses du carcinome d'Ehrlich. Ce contrôle a montré que le développement de certaines tumeurs solides sont partiellement limitées (3). Ainsi, on est très loin des produits « biologiques » sans aucune toxicité pour les cellules saines.


Il n’est donc pas étonnant de retrouver un résultat équivalent dans d’autres essais in vivo et in vitro destinés à vérifier l’efficacité des préparations de Mirko BELJANSKI largement diffusés ces dernières années dans certaines presses et livres pour tenter d’accréditer ses thèses. Par exemple, les propriétés de ces alcaloïdes auraient été confirmées par des essais in vitro et in vivo en 2008 à l'Université de Columbia (4 & 5). Rien d’extraordinaire en définitive pour ces produits qui n’ont pas montré un changement radical du traitement des cancers, d’autant que des ECC n’ont jamais été menés pour vérifier la biodisponibilité chez l’homme.


Par contre, et c’est bien ce qui est le plus inquiétant pour certains alcaloïdes comme la flavopéréine toujours présente dans des préparations de phytothérapie disponible sur internet, le danger d’un possible effet mutagène aux doses indiquées par le fabriquant n’est pas exclus. Pourtant, dans les écrits de Mirko BELJANSKI (6), il est précisé que ni l'alstonine, ni la flavopereirine n'ont, aux doses nécessaires à administrer chez l'homme ou l'animal, d'effet négatif d'aucune sorte, et ils ne seraient ni mutagènes, ni clastogènes (substances susceptible de provoquer des aberrations chromosomiques). Or, il est important de le répéter, pratiquement tous les antimitotiques ont cette particularité d’être aussi des agents mutagènes y compris lorsqu’ils sont prescrits à faible dose sur de longues périodes, et Mirko BELJANSKI a lui-même reconnu cette particularité des antimitotiques démontrée par son Oncotest (7). Bien entendu, il est vivement déconseillé d’absorber à faible dose de telles molécules à titre préventif ou pour éviter une récidive de cancer. Pour ceux qui ont été traités dans le passé d’un cancer régional, le risque est de réveiller une cellule souche cancéreuse qui se serait fixée dans un autre organe et qui n’aurait jamais évolué si elle n’avait pas été en présence du cytostatique. Comme un cytostatique augmente les mutations des cellules souches cancéreuses, celui-ci peut aussi aggraver l’agressivité d’un clone dormant.


Dans les contrôles officiels visant à vérifier les bénéfices/risques d’un nouveau médicament, ce dernier est écarté si l’on découvre un possible risque mutagène. Et c’est même le cas des médicaments contrôlés en phase IV, donc après leur introduction sur le marché, à l’exemple de l’hydrate de chloral, un cytostatique mieux connu pour ses effets mutagènes et maintenant indisponible en pharmacie. Il est donc bien prématuré de mettre sur le marché des alcaloïdes présents dans des préparations de phytothérapie sous le vocable de « complément alimentaire » alors qu’ils n’ont pas fait l’objet de tous les contrôles nécessaires vérifiant leur innocuité.


A noter que l’écorce du Pao pereira contient d’autres alcaloïdes peu courants, dont la Pereirine. Or les extraits de cette plante dont le nom latin est Geissospermum laeve, ont montré qu’ils ne sont pas si anodins, ils sont même mortels à haute dose (8). Sur les sites de ventes, il n’y a pas si longtemps, on ne donnait pas de limitation d’usage des produits, ni la dose optimale utile et il était souvent précisé qu’il n’y avait pas d’effet secondaire. Alors soit les doses distribuées étaient extrêmement faibles et on ne comprend pas le coût de vente de ce produit (quant à son efficacité !…), soit les produits pouvaient quand même être toxiques


Certains alcaloïdes comme la flavopéreine sont synthétisés depuis 1958 et il est difficile de comprendre pourquoi les héritiers de Mirko BELJANSKI s’obstinent à les extraire de plantes rares, tout au moins tel que c’est précisé dans la publicité de vente justifiant leurs couts. Bonjour les dégâts sur la biodiversité !


Enfin l’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de Santé de la Belgique, rappelle dans une note du 31 janvier 2013, les raisons  d’un « arrêté royal portant interdiction de la délivrance des médicaments à base de certaines plantes y compris le « Pau Pereira » » (9)  Il est précisé dans ce document qu’il existe différentes espèces de plantes dénommées « Pau Pereira » ou « Pao Pereira » recouvrant sans distinction une plante légumineuse le platycyamus regnellii Benth (cultivé au Brésil) et certains apocynacées comme le Geissosopermum vellosii allem, le Gerssospermum laeve (le pao pereira utilisé par Mirko BELJANSKI), l’Aspidosperma subsincanum, l’Aspdosperma parvifolium. Or les apocynacées sont des plantes susceptibles de contenir des alcaloïdes pyrrolizidiniques connus pour leur propriétés génotoxiques et mutagènes ; ils sont surtout inducteurs reconnus de tumeurs hépatiques (plus de 200 alcaloïdes identifiés)


Cette note précise également :


"D’autre part, certaines des plantes précitées contiennent des alcaloïdes qui, par insertion au niveau de l’ADN des cellules, peuvent avoir des effets tératogènes ou mutagènes;

Il s’ensuit que l’utilisation de «Pau pereira» présente un risque pour les patients, en particulier pour les femmes en âge de procréer ;

Il n’existe en outre pas d’extraits de plantes, dénommées «Pau pereira», qui soient suffisamment caractérisés en ce qui concerne la préparation et la composition ;

Vu le risque de confusion entre les différentes plantes précitées, il est actuellement impossible de garantir la qualité et la sécurité des matières premières et préparations qui contiennent des extraits de plantes dénommées «Pau pereira»

La délivrance de «Pau pereira» sous forme de matière première ou de préparation magistrale ou officinale contenant du «Pau pereira », est interdite."  (Cette phrase est bien soulignée en gras dans la note)


Cette note conclue que sans contrôle de qualité approfondi, excluant la présence d'alcaloïdes toxiques, les plantes désignées précédemment ne peuvent être utilisées comme médicaments. Cette note a été prise en application des recommandations de l'agence européenne des médicaments


Sources :

1) Pharm.an alkaloid, C19H24ON2, obtained from pereira bark and formerly used as a quinine substitute

2) Effets de la dihydroflavopéreirine et de la sempervirine – Bassler Roger -1985 – Annales Pharmaceutiques Françaises   

3) Beljanski M, Beljanski MS. Three alkaloids as selective destroyers of cancer cells in mice. Synergy with classic anticancer drugs. Oncology. 1986; 43 :198–203

4) Anti-prostate cancer activity of a beta-carboline alkaloid enriched extract from Rauwolfia vomitoria - Bemis DL, Capodice JL, Gorroochurn P, Katz AE, Buttyan R.

5) beta-carboline alkaloid-enriched extract from the amazonian rain forest tree pao pereira suppresses prostate cancer cells - Bemis DL, Capodice JL, Desai M, Katz AE, Buttyan R

6) Cancer l'apporche Beljanski p 42

7) Cancer l’approche Beljanski p19

8) Pereiro bark. Geissosopermum laeve   

9) Note du 31-1-3013 de AFMPS  


Les stimulants leucocytaires :


Mirko BELJANSKI a entrepris de nombreuses recherches sur les ARN avec publications de communications scientifiques. C’est à partir de ces travaux qu’il aurait inventé une préparation constituée d’un concentré d’ARN de la variété commensale d’Escherichia Coli (K12) non pathogène vivant dans notre intestin. Ils seraient capables de remonter les taux de globules blancs et de plaquettes détruits par les chimiothérapies et la radiothérapie. Mirko BELJANSKI affirme que ces ARN n'ont aucun effet sur les autres types de cellules. Comment expliquer cette spécificité sur les plaquettes et les globules blancs et aucune action sur les cellules cancéreuses ? Etudions plus en détail la manière dont le produit agirait.


Mirko BELJANSKI prétendait que toute cellule pour se multiplier, a besoin d’ « ARN-amorceurs » spécifiques capables de catalyser la multiplication cellulaire. Ces amorceurs seraient de petits fragments d’ARN qui ne servent qu’à lancer la division cellulaire, ensuite, ils ne servent plus à rien. Mirko BELJANSKI aurait donc réussi à extraire ces courts fragments d’ARN-amorceurs d’une bactérie intestinale qui aurait l’avantage d’être identique à ceux des humains en bonne santé.


En raison d'un matériel expérimental inadapté, il est possible que Mirko BELJANSKI est fait allusion sans en comprendre le principe, aux ARN-amorces créé par l’ADN-primase qui se fixent sur les fragments d'Okazaki utilisés pour la réplication du brin d'ADN antiparallèle. Ces ARN sont ensuite éliminés par la RNase-H pour permettre la polymérisation complète et la suture du brin d'ADN.


Chaque dose de la préparation d’ARN inventée par Mirko BELJANSKI contiendrait « 20 mg d’extrait ribonucléique d’Escherichia Coli K-12 ».  En consultant les écrits de ses brevets (ils sont libres d’accès sur internet), on constate que ces ARN seraient obtenus par une légère dégradation de l’ARN ribosomal purifié d’une culture d’Escherichia coli après ajout de la Ribonucléase-A-Pancréatique (les ribosomes sont des complexes ribonucléoprotéiques spécialisés dans la synthèse des protéines suite à la traduction de l'information génétique véhiculée par un ARN messager). En réalité, Mirko BELJANSKI a repris une méthode d’extraction d’ARN à partir de bactéries et de cellules animales, déjà connue en 1975 ayant fait l’objet d’un brevet français (brevet français n ° 74/38, 768 – donc à ce jour tombé dans le domaine public). Le procédé d’extraction se limite à sélectionner des ARN comprenant 1 à 80 (de préférence de 20 à 80) nucléotides avec un rapport global de bases puriques (G+ A) et de bases pyrimidines (C + U) entre 1,0 et 2,50 – donc un rapport dans lequel les unités de séquences GA prédominent. Il n’y a donc pas une sélection d’un ou plusieurs ARN spécifiques dont les propriétés traductionnelles seraient connues et la formule chimique analysée.


On est donc en présence d’une soupe d’ARN dont l’auteur n’est même pas capable de préciser son contenu exact et les propriétés biochimiques de chaque composant. L’auteur avoue ne pas savoir exactement comment cette soupe active la lignée blanche. Tel que c’est précisé dans son brevet, il soupçonne que La préparation de petits fragments d'ARN a des effets protecteurs sur la moelle osseuse en stimulant la prolifération des globules blancs et des plaquettes, et propose même comme explication possible la dégradation de ces ARN en leurs éléments constitutifs pour service de nutriments aux cellules souches et réparer leur ADN altéré par les médicaments anticancéreux. Ce qui veut dire qu’à l’encontre de ce que prétend son inventeur, ces fragments d’ARN ne sont pas vraiment spécifiques et qu’ils pourraient être aussi bien absorbés par les cellules cancéreuses échappant à une chimiothérapie avec risque probable de favoriser une récidive. La nouveauté par rapport à l’ancien brevet, c’est que Mirko BELJANSKI tente d’utiliser cette soupe pour réduire la leucopénie et la thrombopénie qui suivent les chimiothérapies, et c’est cette idée qui a été notamment brevetée avec des solutions pour améliorer l’extraction des ARN. Il aurait simplement vérifié cette hypothèse en utilisant comme amorce ces fragments d’ARN additionné d’ADN-polymérase-dépendante-I provenant d’une bactérie intestinale, et ceci pour initier la réplication d’un ADN issu de la moelle osseuse et de rate de lapin (1).


A noter que dans le texte du brevet PCT/US2007/022653, il est précisé que les fragments d'ARN peuvent provenir de la dégradation des acides ribonucléiques extraits de micro-organismes, tels que les levures et les bactéries, ou d'organes d'animaux. Il est également précisé que la ribonucléase utilisée pour la fabrication des petits ARN amorceurs peut être remplacé par une base de métal alcalin (par exemple, l'hydroxyde de sodium ou l'hydroxyde de potassium - apparemment la seule méthode d’extraction proposée dans un brevet précédent - Brevet 4.335.239). Comme les préparations sont importées directement des États-Unis et qu’il n’y a aucun contrôle de leur contenu exact en France par l’ANSM (qui fabrique réellement ce produit et à quel endroit ?), on peut se demander si la préparation d’ARN vendue ce jour, est effectivement fabriqué à partir d’E. Coli et selon des procédés dits « naturels ». Les seuls contrôles effectués seraient internes à l’entreprise qui commercialise les produits, ou entrepris par un labo indépendant qui produirait des bulletins de contrôle et qui serait défrayé par cette même entreprise commerciale.


Prétendre que des ribosomes provenant d’un procaryote (cellule sans noyau) contenant ces fameux ARN magiques et si spécifiques agissant sur des cellules souches hématopoïétiques d’un eucaryote pluricellulaire (cellules comportant un noyau) sans interférer avec les autres cellules (y compris des cellules cancéreuses résiduelles), est forcément difficile à comprendre. De nos jours la structure des ribosomes des eucaryotes et des procaryotes est maintenant bien connue et leur composition est très différente. Personne n’a trouvé ces fameux ARN magiques de Mirko BELJANSKI. Sans entrer dans les détails, les ribosomes sont constitués d’une grande et d’une petite sous unité. Si on prend comme exemple la grande sous-unité, les eucaryotes sont pourvus de 3 molécules d’ARN comportant respectivement 120, 4700 et 160 nucléotides ainsi que 49 protéines ribosomiques. Quant aux procaryotes, leur grande sous-unité est constituée d’ARN 23S (2300 nucléotides) et 5S (5120 nucléotides) et de 34 protéines ribosomiques. Alors, comment expliquer que des ARN ribosomiques appartenant à un procaryote puissent être transférés si facilement à une lignée cellulaire spécifique d’eucaryote pour engager des réactions chimiques pour lesquelles ils n’ont pas été prévus par la nature ? Comment alors porter crédit aux affirmations de Mirko BELJANSKI après avoir lu de telles inepties ?


Avaler des ARN provenant d’une variété d’Escherichia coli est-il vraiment nécessaire ? Tout le monde en absorbe tous les jours sans le savoir étant donné que cette bactérie prospère à l’état naturel dans notre intestin.


Il est de notoriété que les ARN comme les ADN présents dans tous nos aliments provenant du monde animal et végétal, sont dégradés dans notre tube digestif comme les protéines en leurs éléments constitutifs afin que nos cellules puissent les réutiliser pour construire leurs propres ADN et ARN. Comment imaginer que les ARN de bactérie isolés par M. BELJANSKI et absorbés par la voix buccale, puissent agir sur des tumeurs alors qu’elles ne peuvent passer la barrière intestinale ! Il faudrait pour cela présenter un test vérifiant au moins leur présence dans la circulation sanguine après absorption buccale, puis contrôler comment ils se retrouvent dans les organes cibles, leur disponibilité dans le temps etc…


Ces préparations d’ARN sont-elles vraiment sans danger ? Manipuler les ARN n’est pas une pratique aisée en laboratoire et peut même induire des réactions toxiques. Les thérapies génétiques à base d’ARN font l’objet d’intenses recherches depuis de nombreuses années pour tenter de soigner les maladies génétiques, les infections virales ou les cancers. Déjà en 1978, une tentative de traitement avec un ARN avait été utilisée pour arrêter la réplication virale en culture cellulaire (Stephesom et Zamecknik). Toutes ces recherches ont montré la difficulté de cibler le tissu cellulaire spécifique pour les raisons évoquées plus haut. Par exemple, pour la maladie d’huntington, les chercheurs ont tenté de changer la biodisponibilité d’ARN en modifiant sa composition chimique ou par injections intrapéritonéales, voire d’injections directes dans l’organe cible. Mais, ils ont aussi rencontré des problèmes de toxicité à dose dépendante lorsque ces ARN sont administrés à des animaux ou des êtres humains notamment sur l’activité immunitaire (2). D’autres chercheurs ont tenté d’utiliser l’ARN-interférent (siRNA) pour réduire au silence l’expression de certains gènes du cancer du sein. Or, il fut constaté que lorsque ces ARN sont introduits dans la circulation sanguine, ils sont éliminés rapidement par les reins et sont même dégradés par les enzymes du sang (3).


Signalons que de nos jours, les oncologues ne manquent pas de moyens pour stimuler la lignée blanche qui ont fait leurs preuves comme Les facteurs de croissance leucocytaire (ex : Neupogen). Les facteurs de croissance cellulaires sont des protéines naturelles qui favorisent ou inhibent la multiplication des cellules. Elles n’ont rien à voir avec les ARN de Mirko BELJANSKI. Ce sont des protéines qui sont synthétisées par des cellules pour augmenter la réplication de la lignée blanche afin de répondre à des besoins comme les pertes de sang accidentelles ou pour combattre les infections. En cancérologie on utilise le GM-CSF (Granulocyte Macrophage Colony Stimulating Factor) et le GCSF (Granulocyte Colony Stimulating Factor) pour réduire la leucopénie consécutive aux chimiothérapies. Donc pas besoin de faire appel aux produits non remboursés de Mirko BELJANSKI pour reconstruire ou renforcer son système immunitaire.


Sources :

1) Leukocyte recovery with short-chain RNA fragments in cyclophosphamide-treated rabbits - Beljanski M, Plawecki M, Bourgarel P

2) RNA- and DNA- Based Therapies for Huntington’s Disease - Sass Meghan and Aronin .

3) Packaging therapeutic RNAs for targeted treatment of breast cancer - Erin Tornatore


Les extraits de Ginkgo Biloba :

Le Ginkgo Biloba contiendrait des enzymes particulières capables de réduire des ribonucléases ayant la particularité de dégrader des ARN. Mirko BELJANSKI aurait constaté que lorsqu’une personne est irradiée, on assisterait à une augmentation de la concentration des ribonucléases dans les cellules avec probablement une altération de leur fonctionnement contribuant à l’apparition de fibroses dans les tissus sains exposés aux radiations. Or, il n’y a rien dans les publications scientifiques officielles montrant que les ribonucléases contribueraient à l’apparition de ces fibroses (qui, elles, sont bien réelles – on le constate chez beaucoup de personnes recevant une radiothérapie).


Par contre, des essais cliniques montrent que certaines ribonucléases ont une action anticancéreuse intéressante pour soigner les cancers et pour lutter contre les virus (1-2-3) ; alors n’est-il pas dangereux de les réduire ? Il existe bien quelques observations montrant une augmentation des ribonucléases dans certains cancers sans pour autant montrer qu’elles aient des conséquences néfastes. A la limite, elles pourraient servir de marqueur pour des diagnostics précoces de certains cancers ou de récidives. De toute façon il manque encore une fois des informations importantes sur ce produit concernant son mode d’action réel et ses effets indésirables éventuels vérifiés par des essais cliniques.


Comment alors faire confiance à un tel produit ? N’y a-t-il pas un risque d’effet antagoniste ? Surtout qu’un effet positif contre les virus a été démontré et c'est un des modes d'action des interférons (qui favorisent leur production) impliqués dans la mécanistique de la réponse immunitaire contre les cellules cancéreuses ! En conclusion, tout ceci parait encore une fois bien nébuleux et peut-être dangereux.


En médecine conventionnelle les extraits de ginkgo bilboa appartiennent à la classe des vasodilatateurs périphériques et sont prescrits en ophtalmologie, ORL, cardiologie et neurologie. En novembre 2011, leur efficacité a fait l'objet de vérifications par l'AFSSAPS. Leur efficacité a été jugée insuffisante dans toutes les indications et leur rapport bénéfices/risques comme défavorable. Aux doses utilisées, les risques pour le moment démontrés, sont considérés comme majoritairement non graves se manifestant par des pathologies digestives et cutanées.


Sources :

1) interferon enhances the activity of the anticancer ribonuclease, onconase. – Vasandani VM, Castelli JC, Hott JS, Saxena S, Mikulski SM, Youle RJ.

2) Ribonuclease inhibitor as an intracellular sentry - Marcia C. Haigis1, Erin L. Kurten1 and Ronald T. Raines

3) Molecular Determinants of Apoptosis Induced by the Cytotoxic Ribonuclease Onconase: Evidence for Cytotoxic Mechanisms Different from Inhibition of Protein Synthesis - Mihail S. Iordanov, Olga P. Ryabinina, John Wong, Thanh-Hoai Dinh, Dianne L. Newton, Susanna M. Rybak, and Bruce E. Magun


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