André Gerenz ; les propositions pour se protéger du cancer et améliorer son traitement
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Les proposition du Dr Gernez pour se protéger du cancer ou améliorer son traitement


Les propositions de prévention active contre tous les cancers.


Pour se protéger contre tous les cancers, la solution est très simple, il suffit de manger moins pendant 40 jours. Puis, vous prenez une petite dose de poisons, plus précisément des cytotoxiques d’ordinaire utilisés à forte dose en chimiothérapie des cancers. Cela vous fait rire ! Vous avez tort, car le Dr A. Gernez est très sérieux et il s’appuie sur une foule de documents scientifiques. Comme tout discours pseudo-scientifique, sa démonstration contient des données vraies amalgamées à des affirmations fausses qui donnent l’impression que l’étude est scientifique. Ça peut impressionner des citoyens peu habitués à exercer leur sens critique et qui pensent parcourir le texte d’un nouveau génie. Mais, quand on gratte un peu, les incohérences se montrent au grand jour. Étudions plus en détail ces propositions de prévention active contre tous les cancers.


Il faut commencer par rétablir un biotope défavorable aux cellules anormales (appelées lignées dysplasiques par le Dr Gernez) au stade initial de la cancérisation composé en moyenne de 16 cellules à la fin de la première année (en raison de la progression géométrique avec 4 divisions par année), 256 à la fin de la deuxième année ; et ainsi de suite. La compétitivité étant rétablie au profit des cellules saine, une grande partie des cellules anormales vont alors disparaître si la masse d’irréversibilité n’est pas atteinte. Le protocole préventif aurait aussi l’avantage de prévenir la dégénérescence artérielle pour 40 % chez l’homme et 60 % chez la femme.


Pour rétablir ce biotope, il faut mettre en acidose l’organisme tous les ans par la pratique d’un jeûne relatif en diminuant d’un tiers la ration alimentaire habituelle sur une quarantaine de jours à partir de l’âge de la quarantaine. Cette déplétion alimentaire va en même temps produire une réduction générale des stimulations soulageant les colonies cellulaires les plus appauvries ou les plus sollicités leur évitant d’avoir recours aux cellules tarées. Pour obtenir cette acidose plus rapidement, il est possible de prendre une petite dose d’acide salicylique ou de recourir à l’hypobarisme. Il est préférable que ce jeûne soit pratiqué au début du printemps ou de l’automne afin qu’il corresponde à un rythme biologique que l’homme partagerait avec les autres mammifères. Durant cette période, il est conseillé de prendre des produits « orthoplasiants » favorisant les cellules saines dans la compétition cellulaire : des vitamines, des flavonoïdes, des oligo-éléments, une supplémentation en magnésium, ainsi que des produits favorisant l’oxygénation comme le cytochrome oxydase, les anticoagulants, les fibrinolytiques (qui en médecine courante sont surtout utilisés en cas d’infarctus du myocarde), et bien entendu faire quelques exercices physiques.


L’action de certains facteurs associés à la déplétion alimentaire peut aussi être envisagée comme l’insulinothérapie, l’antipyrine qui abaisse le métabolisme de base, les antithyroïdiens ou le freinage hypophysaire qui produit le même effet ainsi que le séjour en altitude. Au cours de cette cure, il faut diminuer la ration glucidique (très prisée par les cellules cancéreuses), les aliments riches en cholestérol ainsi que la viande rouge (des observations auraient montré qu’ils favorisent l’éclosion des cancers provoqués). Certains aliments sont conseillés (comme les crucifères, l’ail, le persil, les préparations vinaigrées, le curcuma…) d’autres, moins autorisés, ou à consommer avec modération (poissons et viande maigre, pain complet, crudités, fruits, lait écrémé…), et d’autres interdits (boissons alcoolisées, aliments fumés ou gras comme les frites, charcuteries, pâtisseries…). Et pour que les partisans du bio y trouvent aussi leur compte, il faut exclure les aliments contenant des pesticides et des colorants, ceux en contact avec leurs emballages en plastique, les barquettes en aluminium….


Ensuite, la cure se termine par la prise des cytostatiques à faibles doses comme la colchicine et l’hydrate de chloral pour détruire les dernières cellules cancéreuses. A. Gernez espère qu’à la sortie de la cure alimentaire, les dernières cellules cancéreuses seront ciblées en premier en raison de leur indice caryocinétique plus élevé (a). Cette stratégie serait motivée par une diminution de l’incidence des cancers qui aurait été constatée chez des schizophrènes quand ils prenaient de l’hydrate de chloral (1). Or, Il n’y a aucune publication scientifique dans la bibliothèque en ligne pubmed qui valide cette découverte extraordinaire. D’ailleurs, l’hydrate de chloral n’était pas si anodin. Même s’il fut prescrit de nombreuses années pour différents soins, y compris à des nourrissons, ses effets indésirables avaient été mal jugés et il fut retiré du marché le 17 septembre 2001 par l’Afssaps. Ce détail qui a son importance montre que cette théorie sur les propriétés préventives de l’hydrate de chloral contre les cancers, et des cytostatiques en général, a été élaborée avec une méthode d’évaluation approximative à partir de données peu crédibles. Et c’est justement cette faiblesse méthodologique qui prédomine dans toutes les études d’A. Gernez caractérisée par un manque de rigueur évident, un défaut substantiel que l’on retrouve dans tous les discours pseudoscientifiques. En voici un autre exemple:


Les objectifs de la cure visant à produire une acidose qui serait incompatible avec le métabolisme des cellules cancéreuses reposent notamment sur l’idée que certaines maladies qui peuvent produire cette acidose, comme le diabète, s’accompagneraient d’une réduction des cancers. Il est aussi fait allusion à la rareté des cancers dans les muscles réputés pour produire de l’acide lactique, ou chez les sujets athéromateux. Des savants comme Reding et Warburg auraient mis en évidence que l’acidose défavorise les cellules saines qui ne pourraient plus consommer du glucose. Or des recherches récentes montrent une augmentation statistique des cancers du foie et du pancréas chez les diabétiques (2).


Mais pourquoi faut-il acidifier notre organisme alors que le Pr Anthony Sébastien de l’Université de Californie San Francisco a démontré que notre alimentation moderne, riche en viandes sucre et graisses mais trop faible en fruits et légumes, produit une acidose chronique (3) ? Un régime alimentaire qui selon des études épidémiologiques favorise justement l’augmentation statistique de certains cancers ! En outre, notre organisme répugne à fonctionner dans un environnement trop acide. Si notre alimentation n’apporte pas assez d’éléments basiques, il va chercher à rétablir l’équilibre acide/basique dans ses réserves de bicarbonates connu pour leur effet tampon, c’est-à-dire dans les os. La réduction calorique proposée par le Dr GERNEZ pour acidifier l’organisme est donc tout à fait illusoire.


a) caryocinétique : rapport entre le nombre des cellules en division et celui des cellules en repos.



les propositions pour améliorer le traitement des cancers 


Dans son livre « cancer, dynamique et éradication », A. Gernez tente de faire une synthèse des traitements ou en cours d’essai connus à son époque, dans un schéma dynamique pour améliorer leurs efficacités. La prise de contrôle de la cinétique cellulaire consiste à descendre des paliers jusqu’à atteindre une masse suffisante rétablissant la compétition au profit des cellules saines favorisant l’extinction naturelle du clone néoplasique. Pour descendre ces paliers, il faut, entre les actions cytolytiques (radiologie, chimiothérapie), alterner des procédures d’isolement, de stabilisation et de stimulation. L’isolement de la néogenèse, quand elle ne peut être chirurgicale, doit faire appel à des procédés biologiques comme le tarissement de la sécrétion hypophysaire. La stabilisation peut être obtenue par l’hypothermie ou des injections de broyats cellulaires pour créer un équilibre homéostatique artificiel. La stimulation consiste à induire une augmentation des mitoses pour rendre les cellules plus sensibles aux agents anticancéreux (stimuline hypophysaire, oxygénothérapie hyperbare, hyperthermie, lavage plasmique…). Quand la chimiothérapie est appliquée, les lignées saines les plus fragiles comme les cellules sanguines, peuvent être protégées par des procédés comme le pôle blanc (soustraction puis injection de cellules sanguines). Depuis, certains de ces essais expérimentaux ont été abandonnés parce qu’ils se sont révélés peu ou pas efficaces ou dépassés par d’autres (comme l’hypophysiolyse). Après la sortie de ce livre, il prétendit que les premiers essais de chimiothérapie par synchronisation cellulaire, expérimentés dans les années 1970 aux États-Unis puis au centre anticancéreux de Villejuif, étaient l’application de ses propositions. En réalité, le principe de la synchronisation cellulaire n’est pas évoqué dans son livre sur le traitement des cancers quand il décrit les propriétés des anticancéreux et comment les utiliser.


À l’inverse du Pr Georges Mathé, André Gernez ne croyait pas à l’immunothérapie comme traitement possible des cancers. C’est inscrit dans son livre « la carcinogenèse, mécanisme et prévention » chapitre « la théorie immunologique », ou il récuse la possibilité d’une réaction immunitaire contre la néogenèse sous prétexte qu’un système de défense immunologique ne peut s’opposer à un autre système de défense qui serait homéostasique afin de répondre à une déficience fonctionnelle, caractéristique du stade initial de la cancérisation. Cette affirmation s’est révélée inexacte même si de nombreuses années ont été nécessaires pour mettre au point des protocoles utilisant le système immunitaire contre les tumeurs. Les succès obtenus en immunothérapie active par des essais cliniques avec des patients atteints de mélanome de la peau, de cancer de poumon et du rein ont levé les derniers doutes existant encore sur cette voie thérapeutique (4). Les succès de l’immunothérapie passive utilisant les anticorps monoclonaux ont valu à G Köhler et C Milstein le prix Nobel en 1984. Citons pour exemple le trastuzumab ou l’Herceptin qui a bouleversé le pronostique d’une forme de cancer du sein résistant au traitement habituel, mais qui présentent en surabondance un récepteur spécifique dans leurs cellules, appelé HER-2.



Des compléments magnésiens qui pourraient booster certains micros cancers 


Dans les recommandations d’A. Gernez, une supplémentation en magnésium est conseillée sous prétexte que notre alimentation serait carencée en magnésium. Malgré certaines conclusions provenant de l’étude de données épidémiologiques et expérimentales qui suggèrent que la carence en Magnésium pourrait être impliquée dans des aspects de la pathogenèse et le traitement des tumeurs malignes, la plupart des spécialistes estiment qu’il y a encore beaucoup d’inconnues (5).


Si des données européennes et nord-américaines indiquent que les apports alimentaires en magnésium sont souvent en deçà des apports nutritionnels recommandés, un individu en bonne santé n’a pas besoin d’un apport supplémentaire en magnésium quand son alimentation est équilibrée et riche en fruits légumes et céréales complètes. Avant de décider de prendre une supplémentation en magnésium, il conviendrait de mesurer le niveau sanguin en magnésium dès lors qu’une carence est suspectée. Il est important de préciser que la grande majorité du territoire français est alimentée en eau dure riche en magnésium qui suffit largement à nos besoins. En cas de carence, les agriculteurs ont l’habitude d’apporter des engrais composés ou organiques riches en magnésium pour augmenter les rendements.


Jusqu’au début des années 1990, il était admis depuis longtemps que la carence pathologique de magnésium constaté chez certains cancéreux serait à l’origine de l’aggravation du pronostic. L’idée qu’une supplémentation en magnésium défavorisant le développement des cancers évolués a été remise en question par une étude effectuée à l’Institut Curie en 1993 (6). Les chercheurs ont estimé que le mythe d’un effet carcinoprotecteur habituel du magnésium est né de données maintenant dépassées. Le déficit comme la surcharge magnésique tantôt inhibe tantôt stimule la cancérogenèse. L’étude effectuée à l’Institut Curie a montré qu’un excès de magnésium pourrait booster certains cancers qui le pompent dans la circulation sanguine. Étant donné que les cellules cancéreuses ont des besoins métaboliques élevés, une supplémentation en magnésium n’est donc plus indiquée dans le traitement des cancers. Cette observation pour les cancers évolués pourrait bien avoir les mêmes conséquences pour certains cancers infracliniques qu’il faudrait vérifier si on ne veut pas jouer à la roulette russe. Préconisez une telle supplémentation n’est pas forcément ce qui convient si une personne est porteuse d’un cancer infraclinique réceptif au magnésium. Une surcharge magnésienne pourrait alors avoir un effet inverse en se comportant comme un facteur de croissance (ou l’inverse ; mais personne ne sait jamais par avance quel type de cancer le menace). D’ailleurs les diététiciens préconisent de ne jamais prendre de suppléments en magnésium sauf si une carence chronique est révélée par des analyses sanguines.


Enfin, et comble de malheur, le magnésium fait partie du camp des minéraux augmentant le pH sanguin (comme le calcium et le potassium), donc contraire à l’acidification du sang qui est pourtant le but recherché par le régime alimentaire d’A. Gernez.


Les études de SU.VI.MAX et les théories du Dr GERNEZ 


Il paraît que les propositions de prévention du Dr Gernez seraient maintenant reconnues et pour accréditer cette argumentation, il est souvent cité les études SU.VI.MAX lancées en octobre 1994 menées par Serge Hercberg, directeur de l’unité INSERM épidémiologie nutritionnelle. Les conclusions ont été rendues officiellement en été 2003.  Or, les études de SU.VI.MAX n’ont montré aucun effet pour les femmes. L’explication avancée serait que les femmes mangeant plus de fruits et légumes que les hommes, étaient moins carencées en antioxydants avant l’étude.


Cette étude de SU.VI.MAX évoque l’effet bénéfique d’une complémentation en antioxydants réduisant l’émergence des cancers, ces mêmes antioxydants étant contenus dans les fruits et légumes. Les spécialistes de l’alimentation présument donc que consommer des fruits et légumes en quantité suffisante aurait un effet similaire et qu’il est inutile de prescrire des compléments alimentaires quand l’alimentation quotidienne est bien équilibrée. C’est surtout à partir de cette étude que le message de santé publique "mangez au moins cinq fruits et légumes par jour" a été émis. Ainsi, ces études n’ont aucun rapport avec les propositions d’A. Gernez. Les évoquer pour tenter d’accréditer la prise de compléments alimentaires au cours de sa cure de 40 jours qui, il est utile de le rappeler, est destinée surtout à créer une acidose sanguine, n’est pas autre chose qu’une imposture.


Sources :

1) http ://philippelopes.free.fr/GernezAndre.htm

2) Diabetes mellitus and cancer risk in a population-based case-control study among men from Montreal, Canada

3) Anthony Sebastian, Lynda A Frassetto, Deborah E Sellmeyer, Renée L Merriam, and R Curtis Morris, Jr. Estimation of the net acid load of the diet of ancestral preagricultural Homo sapiens and their hominid ancestors. Am. J. Clinical Nutrition, Dec 2002 ; 76 : 1308 - 1316.

4) Cancer Immunotherapy - Jennifer Couzin-Frankel --Science 20 December 2013: Vol. 342 no. 6165 pp. 1432-1433

5) MAGNESIUM IN ONCOGENESIS AND IN ANTI-CANCER TREATMENT : INTERACTION WITH MINERALS AND VITAMINS - Mildred S. Seelig, M.D., M.P.H. Publ Cancer Treatment Research Foundation, 1993. Chapt. 15 : 238-318

6)  Magnesium and Cancer -  DURLACH J. ; BARA M.  ; GUIET-BARA A.  ; Médecine et nutrition 1993, vol. 29, no2, pp. 75-79 (7 ref.)


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