André Gernez ; recette d'une petite dose de poisons contre tous les cancers
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Recette d’une petite dose de poisons pour se protéger contre tous les cancers


André Gernez, prétend que la purge des micros cancers qui auraient résisté au régime alimentaire, implique l’usage d’anticancéreux à très faible dose. La dose de cytostatiques nécessaire serait proportionnelle au nombre de cellules cancéreuses résiduelles. Ainsi, il faut très peu de cytostatiques pour détruire les quelques cellules cancéreuses au stade initial de la cancérisation et la toxicité serait pratiquement nulle. Cette affirmation est erronée ne tenant pas compte des règles fondamentales de la biodisponibilité en rapport avec les caractéristiques des cytostatiques.


Les cytostatiques n’étant pas sélectifs, ils sont aussi métabolisés par les cellules saines. Pour un antimitotique que nous citons à titre d’exemple, la dose absorbée sera partagée entre toutes les cellules entrées en mitose et chaque cellule cancéreuse recevra une part de la dose de médicament d’autant plus réduite qu’il y a de cellules saines entrées également en mitose. L’indice caryocinétique n’a pratiquement aucune influence et un exemple suffit pour le comprendre.


Imaginons qu’après la cure alimentaire, il reste 5 cellules cancéreuses quelque part dans un organe et que 3 cellules cancéreuses se trouvent en division. À noter que selon A. Gernez, il est inutile de se préoccuper de la « dernière cellule » évoquée par le Pr. G. Mathé dans La Gazette Médicale de France en nov 1971. Dans notre exemple, il reste 2 cellules en repos et ce reliquat aurait donc peu d’importance selon le Dr A. Gernez, car ces dernières cellules seraient de nouveau visées avec leurs descendants lors de la prochaine cure annuelle. Dans notre exemple, les 3 cellules malignes entrées en mitose ne pèsent pas lourd par rapport à toutes les autres cellules sanguines fabriquées tous les jours dans la moelle osseuse. Chaque jour, dans l’organisme humain adulte, 1011 à 1012 de cellules hématopoïétiques sont produites. L’indice mitotique est également très élevé dans l’endothélium de l’intestin intégralement renouvelé en 5 jours. C’est aussi le cas pour les cellules épidermiques recyclées toutes les 2 semaines. Une cellule du foie humain se renouvelle tous les 300 à 400 jours… Pour que les cellules cancéreuses soient mieux ciblées, il faudrait alors augmenter les doses de cytostatiques, donc augmenter en même temps la toxicité sur les cellules saines. Il est donc facile de comprendre que la procédure d’éradication finale préconisée par A. Gernez est sans portée réelle sur le nombre de cellules cancéreuses résiduelles qui recevront dans le meilleur des cas moins d’un millionième de la dose du cytostatique (et si tout au moins, sa cure acidosique a déjà entamé le stock de cellules tarées).


En outre, l’activité thérapeutique et la toxicité cellulaire des cytostatiques sont liées et ils sont tous considérés comme des produits CMR (Cancérogène, Mutagène, toxique pour la Reproduction - Le site du Centre International de Recherche contre le Cancer a classé chacun de ces produits suivant ces caractéristiques). Ainsi il est connu que tous les cytostatiques ont plus ou moins une activité mutagène, cancérogène et tératogène, y compris quand ils sont pris à faible dose avec une toxicité plus ou moins retardée. Cest aussi pour cette raison que des mesures ont été prises pour protéger les personnels soignants dans les centres anticancéreux qui pourraient par accident absorber des quantités souvent infimes de cytostatiques provenant du matériel de soin. Par exemple, les propriétés mutagènes des antimitotiques ont été reconnues par une directive européenne pour la protection des femmes enceintes au travail (2/85/CEE annexe-I- § A.3). Bien entendu, les risques qu’on accepte pour traiter une maladie grave avec des cytostatiques quand il n’y a pas d’autres solutions, sont inacceptables pour une personne saine.


Certains sites Web de gogothérapie proposent un protocole de prévention active du cancer selon les méthodes prônées par le Dr GERNEZ contenant des cytostatiques avec des doses précises (1-2-3). Le Site du Dr Lacaze donne accès à une brochure où il est précisé un protocole de cytostatiques prescrit selon le principe de la synchronisation cellulaire. Il est même conseillé la prescription entre les deux cytostatiques d’un corticoïde pour relancer la division cellulaire. Le deuxième produit signalé dans certains documents et sites internet, l’hydrate de chloral, est maintenant interdit en France depuis que des anomalies des cellules hépatiques furent mises en évidence à de faibles doses et une légère hausse du nombre de tumeurs à fortes doses. Sur le Site de J. Lacaze, l’hydrate de chloral est remplacé par le cyclophosphamide (endoxan) avec précision d’un dosage.


Les cytostatiques prescrits à faibles doses ne sont pas des substances anodines


Le cyclophosphamide est un cytostatique à activité antinéoplasique et immunosuppressive. Il est aussi utilisé depuis plus de 40 ans dans certaines formes graves et menaçantes de polyarthrites rhumatoïdes, de lupus érythémateux aigus disséminés, et c’est pour cette raison que sa prescription en prévention du cancer serait possible selon le Dr A. Gernez et ses disciples ; un message qu’ils continuent à diffuser depuis plus de 40 ans. Mais l’endoxan est utilisé pour traiter des maladies autres que les cancers, lorsque tout autre traitement s’avère inefficace en tenant compte de sa toxicité hématologique et du risque de néoplasie induite à long terme. Quand l’endoxan est utilisé pour traiter certains cancers, administré en première ligne avec un succès thérapeutique, il est impliqué dans l’apparition de seconds cancers (SCP) et notamment de leucémies aiguës secondaires, souvent réfractaires à toute chimiothérapie, dans un délai moyen d’apparition d’environ 4-5 ans (4).


Autre problème majeur, chaque anticancéreux n’a pas de portée générale sur toutes les formes de cancer. Et c’est aussi le cas de l’hydrate de chloral et de l’endoxan. Il existe de très nombreuses molécules qui agissent sur certains cancers et pas sur d’autres y compris à l’intérieur même des grandes familles de molécules anticancéreuses. Par conséquent, les utiliser en prévention avant un diagnostic est un non-sens thérapeutique. Afin de faire face à ce problème, il semblerait plus logique de présenter un cocktail d’anticancéreux visant la plupart des cancers. Mais on tombe dans ce cas sur le problème de cumul de leur toxicité et de l’apparition de résistance déjà signalé dans les années 1970 par le Pr. G. Mathé et ses collègues. De nos jours, les polychimiothérapies sont aussi spécifiques d’un type de tumeurs et on cherche aussi à éviter des associations incompatibles pour éviter de cumuler leurs toxicités. Ainsi, donner plusieurs molécules sans savoir exactement quel type de cancer menace les personnes que l’on veut protéger, conduira à un échec certain pour la grande majorité des patients traités.


Les chimiothérapies anticancéreuses ont aussi l’inconvénient de sélectionner très vite des clones néoplasiques résistants. De nos jours, les oncologues prescrivent des associations d’anticancéreux dans l’espoir de limiter l’apparition de cette résistance. En traitement adjuvant, ce type de traitement spécifique à un type de cancer, a montré son intérêt parce qu’il est limité dans le temps et vise une quantité de cellules résiduelles peu nombreuses. Les doses sont toujours conséquentes avec des effets secondaires qu’on estime acceptables en raison de la gravité de la maladie. Par contre, une prescription d’une association d’anticancéreux tous les ans à faible dose visant tous les cancers susceptibles d’apparaître chez des sujets sains, conduirait à une situation comparable à celle rencontrée dans le traitement des cancers avancés où les polychimiothérapies finissent par perdre en efficacité. Dans ce protocole supposé préventif, la faible dose de cytostatique que toutes les cellules anormales vont métaboliser a peu de chances de leur être fatale. Par contre, la procédure risque surtout d’accélérer l’évolution des cellules précancéreuses ou de rendre plus agressives des cellules cancéreuses déjà existantes en accélérant les mutations. Au final, on risque surtout de produire l’effet inverse par rapport à ce qui est recherché. Ce qui serait dramatique, c’est qu’après l’émergence clinique de cancers localisés d’ordinaire considérés comme d’un bon pronostic, on finirait par se retrouver devant des patients résistants aux chimiothérapies adjuvantes avec pour conséquence un effondrement statistique des survies.


Quant au choix d’une association de cytostatiques dans un protocole de prévention selon le principe de synchronisation cellulaire, la méthode n’est pas non plus très judicieuse, même à faible dose, en raison de son agressivité sur les cellules saines. C’est au début des années 1970 que les combinaisons chimiothérapiques basées sur la notion de tentative de synchronisation cellulaire ont fait leur apparition aux USA, puis en France à l’institut de cancérologie de Villejuif (a). Les premiers résultats laissaient entrevoir un avenir prometteur, car on croyait disposer enfin d’une arme efficace contre les cancers inopérables et résistants à une chimiothérapie classique. A. Gernez crut que ces expérimentations étaient une application de ses propositions sur les traitements du cancer et le fit savoir. Malheureusement, il s’est avéré dans d’autres essais cliniques que cet effet synchronisateur est beaucoup moins important chez l’homme par rapport aux observations in vitro. Pour quelle raison ? Cette synchronisation s’exerce aussi sur les cellules saines avec surtout un risque accru de toxicité médullaire limitant la dose thérapeutique.


Enfin, tenter de relancer la division cellulaire avec des corticoïdes avant l’application d’un antimitotique dans un protocole de synchronisation cellulaire, même à faible dose, est forcément une gageure, car les corticoïdes agissent également sur les cellules saines qui seront alors plus exposées au deuxième cytostatique.


Les prescriptions de cytostatiques à visée préventive n’ ayant jamais fait l’objet d’études afin de définir les bénéfices/risques, constituent un détournement d’usage de médicaments à l’exemple de ce qui a été fait avec le médiator dont on cannait maintenant les conséquences. En outre, prescrire de tels protocoles est en infraction avec le code de l’ordre des médecins qui interdit d’utiliser des remèdes non validés mettant en danger les patients.


a) Dans un premier temps, un cytotoxique est prescrit pour bloquer les cellules à un moment du cycle cellulaire si celles-ci ne sont pas détruites. Les cellules progressent ensuite dans le cycle cellulaire suivant plus ou moins de façon synchrone. On administre alors un deuxième antimitotique qui va agir sur cette phase. Le protocole dure quelques jours, suivi d’une période de repos avant que ce protocole ne soit renouvelé. La durée de la phase de repos dépend du temps de restauration de la moelle osseuse et du sang (environ une vingtaine de jours).


Note complémentaire :


Le Pr Maurice Israël, cancérologue en retraite, est l’un des seuls avec le Pr Laurent Schwartz, connus pour leurs positions très personnelles en cancérologie, à se référer aux travaux d’A. Gernez. En ce qui concerne la cause des cancers, leurs théories sont orientées sur une origine métabolique. Dans une étude publiée en juin 2011 (5) il est précisé que les conseils diététiques d’A. Gernez seraient maintenant acceptés. Sauf qu’A. Gernez les préconisait uniquement lors de sa cure d’une trentaine de jours dans le cadre d’une diète destinée surtout à produire une acidose. De nos jours, les seuls conseils diététiques susceptibles de réduire les facteurs de risque de cancer, validés par de nombreuses données scientifiques, sont ceux du WCRF (Fonds Mondial contre le Cancer, dont les conseils sont repris en France par les réseaux NACRe) et ils sont quand même largement différents de ceux proposés par le Dr Gernez. Par exemple, le WCRF ne préconise surtout pas la pratique du jeûne et il n’est jamais question de produire une acidose sanguine. M. Israël et L. Schwartz rappellent dans leur étude l’usage de cytostatiques proposé par le Dr Gernez et notamment la colchicine, mais signalent quand même l’absence de tests sur des modèles animaux. Ils font aussi l’impasse des critiques déjà émises dans les années 70 par des cancérologues comme les Pr Latarget, Tubiana, Mathé, montrant notamment le danger de produire rapidement une résistance aux anticancéreux.

Sources :

1) http://naturo-passion.com/retour-formation-naturopathes-protocole-gernez-prevention-cancer/

2) http://esaie.free.fr/niveau1/protocole-gernez-prevention-cancer.htm

3) http://santenature.over-blog.com/article-cure-andre-gernez-120458717.html

4) http://www.oncoprof.net/Generale2000/g09_Chimiotherapie/Complements/g09_comp15.php

5) The metabolic advantage of tumor cells - Israël M, Schwartz L. - Ecole Polytechnique Palaiseau 91128 and Hôpital Raymond Poincaré

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