Mirko Beljanski ; étude de l'oncotest
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Oncotest ; un test biologique incohérent produisant des résultats peu probants


Mirko BELJANSKI prétendit avoir inventé un test dénommé « oncotest », (décrit pour la première fois dans un article de 1979), destiné à détecter les agents cancérigènes et qui serait plus fiable que le test d’Ames en usage à son époque. Il a toujours prétendu que son oncotest est efficace à 100 % et permet aussi de tester des molécules susceptibles de neutraliser un ADN cancéreux.


Il est persuadé que les cancérogènes stimulent très spécifiquement la synthèse de l’ADN des cellules cancéreuses. En présence d’un cancérogène, son oncotest mettrait en évidence une augmentation quantitative de leur ADN par rapport à celui provenant de cellules saines. Comment fonctionne cet oncotest ?


Les ADN purifiés provenant d’organes sains et cancéreux servant de matrices, seraient mis en incubation dans un milieu contenant notamment des ions magnésium et quatre désoxyribonucléotides-5’triphosphate (dATP, dTTP, dCTP et dGTP), chacun comprenant l’une des bases entrant dans la composition des ADN dont l’une est marquée à la thymidine tritiée qui est radioactive. Pour chaque substance à tester, il est  nécessaire d’utiliser au moins 4 couples d’ADN matriciels de différentes origines, mais provenant du même organe (poumon, rein, tissus mammaire ou ovarien… voire, de cultures cellulaires). Après précipitation à l’acide trichloracétique, la quantité d’ADN synthétisé contenant du tritium radioactif est mesurée à l’aide d’un compteur à scintillation. Des mesures sont faites sans la présence de la substance testée puis avec cette dernière. Une synthèse plus importante des ADN cancéreux par rapport à celle des ADN normaux indiquerait que la substance testée est cancérigène.


Vous avez bien lu « synthèse plus importante des ADN » et non pas mutations de l’ADN, car pour Mirko BELJANSKI, ces mutations provoquées par les cancérigènes n’ont pas beaucoup d’importance. Alors, il cherche plutôt à mettre en évidence une augmentation de la réplication cellulaire, étant donné que les cellules cancéreuses sont réputées pour  se multiplier plus souvent que les cellules saines. Astucieux ? Pas forcément si on tombe sur des substances qui favorisent les divisions cellulaires alors qu’elles ne sont pas mutagènes. Des facteurs favorisant la croissance des cellules comme l’IGF-1, ou les polyamides plus abondants dans certains aliments, et même le glucose, pourraient montrer in vivo un effet identique. Alors, le glucose est-il un agent cancérigène ???


Pour favoriser la réplication de l’ADN, Mirko BELJANSKI ajoute dans le milieu de culture de l’ADN-polymérase-dépendante-I (pol-I) provenant de la bactérie Escherichia-coli qui est un procaryote, pour tester des tissus d’eucaryotes, ce qui est quand même très paradoxal (leurs gènes étant exprimés différemment). Pourquoi ne pas utiliser les homologues chez les eucaryotes de l’ADN-polymérase-I plus adaptés à leur environnement cellulaires ? De nos jours, nous savons que les ADN polymérases des procaryotes sont de 3 types (I, II et III) et les ADN polymérases des eucaryotes de 5 types (α, β, δ, ε et γ).


En outre, le procédé employé dans l’oncotest est assez sommaire, car d’autres enzymes et des ARN particuliers interviennent dans la réplication d’un eucaryote. Ces enzymes et ARN non introduits dans l’oncotest de Beljanski, ont pourtant des activités trés différentes sur les deux bruns direct et indirect d’un ADN – comme par exemple l’ADN-lignase qui suture les bruns d’Okasaki. En outre, les caractéristiques de l’ADN-polymιrase-I ne leur permettent pas de faire la majorité de la réplication des ADN des procaryotes, et c’est probablement la même chose quand elle est transférée chez les eucaryotes en supposant qu’elle reste fonctionnelle. Alors, comment expliquer les résultats obtenus ? Mystère !!!


Pourquoi 4 couples d’ADN sains et cancéreux provenant de différents organes ? L’explication se trouve dans les textes d’un premier brevet déposé en 1978 et suivants (1). Certaines substances se révélant neutres par rapport à un ADN séparé d’un organe donné montreraient qu’ils sont cancérigènes, ou au contraire anticancéreuses sur un ADN séparé provenant d’un autre organe, ou de cellules en culture. Voici donc un test produisant des résultats complètement contradictoires en fonction de la matrice employée. Mais comment être sûr que la matrice qui montre un effet cancérigène correspond bien à la réalité ? Et si c’était l’inverse !!!


Le manque de rigueur de l’expérimentateur et les faiblesses du protocole de son test, sont encore plus évidents quand on lit que certaines substances qui semblent être spécifiquement anticancéreuses lorsqu’ils sont présents à une concentration relativement faible dans le milieu réactionnel, apparaissent toxiques à une concentration plus élevée. Il est alors nécessaire de procéder à l'essai avec un milieu réactionnel contenant une échelle de concentrations de la substance à tester, allant quand même (tel que c’est précisé dans le texte du brevet), d’un facteur de « 0 à 100 .Mu.g » !!!. Des substances qui sont soient neutres, soient cancérigènes, soient l’inverse en fonction de leur concentration ; voilà une observation extraordinaire que les autres chercheurs de par le monde n’ont jamais constatée ! Quant à Mirko BELJANSKI, il en aurait fait la démonstration avec le 3-methyl-cholantrene, la nicotine, le 9,10-dimethyl-1,2-benzanthracene (DMBA), le benzo (a) pyrene, le 4-benzenesulfonamido-5 nitrobenzene ((DCBN)…


La nicotine, cancérigène !!! La nicotine n’est pas cancérigène par elle-même (elle a d’autres propriétés toxiques). Ce sont certains produits de combustion du tabac qui sont cancérigènes (2). Quant au benzo (a) pyrène, c’est pratiquement la même chose. Dans l’organisme humain cette molécule est métabolisée au cours de nombreuses réactions et c’est l’action d’adduits à l’ADN, notamment les tétrols fabriqués par les hépatocytes, qui semblent être le mécanisme principal de la cancérisation (3). Or, Mirko BELJANSKI n’utilise pas de cellules hépatiques vivantes dans son oncotest qui pourrait  métaboliser le pyrène. Alors, encore une fois, comment expliquer les résultats obtenus ???


La méthode employée dans ce test est-elle vraiment adaptée pour détecter tous les agents cancérigènes ? L’apparition d’une cellule néoplasique par transformation d’une cellule saine n’est pas seulement la conséquence de l’action directe d’une substance mutagène sur l’ADN. Il est connu que certaines substances interférant avec la réplication cellulaire, couramment dénommés « facteurs de croissance », peuvent favoriser la cancérisation comme les phytoestrogènes agonistes consommés en excès ou les perturbateurs endocriniens provenant de l’industrie, voire une excrétion excessive d’hormones sexuelles. Un facteur cancérigène peut également être la traduction de circonstances d’exposition ou d’un mode de vie difficilement mesurable avec un test biochimique. L’acquisition du phénotype de cellule maligne est la conséquence de l’action conjointe sur le génome d’agents mutagènes (carcinogènes) et cocarcinogènes (promoteurs non mutagènes) lors des phases d’initiation et de promotion.


Pour ces différentes raisons, les tests en usage dans les labos n’ont pas pour objectif de faire apparaitre une augmentation de la prolifération cellulaire, mais de mettre en évidence l’apparition de cellules cancéreuses ce qui montre alors qu’on est en présence d’un facteur favorisant la cancérisation. Ce facteur cancérigène peut être une substance susceptible de produire des mutations altérant l’ADN, ou autre chose favorisant l’émergence de propriétés malignes.


En ce qui concerne le test d’Ames critiqué par Mirko BELJANSKI, il est utile de rappeler que celui-ci est de nos jours remplacé par des modèles in vitro plus adaptés aux eucaryotes utilisant par exemple des cellules de levure.


Dans les écrits de Mirko BELJANSKI, l’oncotest aurait montré que des hormones stéroïdes peuvent se comporter comme des substances cancérigènes quand elles sont présentes en quantité supérieure aux taux physiologiques, ce qui montre que ce test aurait au moins le mérite de mesurer l’action de facteurs de croissance. Mais est-il vraiment capable de mettre en évidence toutes les substances cancérigènes comme le prétend son inventeur et de bien interpréter les résultats ? Que savons-nous de nos jours sur la relation entre oncogenèse, facteurs de croissance et substances cancérigènes qui pourraient expliquer certains résultats obtenus et les faiblesses de ce test ?


On a déjà une réponse intéressante en étudiant la documentation laissée par Mirko BELJANSKI. Une étude publiée en 1981 par celui-ci montre que son test n’est pas toujours fiable pour cibler une substance cancéreuse (4). Au cours de l’essai, si certains cancérigènes ont pu être détectés, l’huile de croton (huile essentielle connue pour produire des tumeurs cutanées chez la souris) et le diméthyl-sulfoxyde (DMSO) ont produit une augmentation de la synthèse de l’ADN des cellules saines et cancéreuses pratiquement dans les mêmes proportions conduisant l’auteur à admettre que « le DMSO et l’huile de croton ne semblent pas distinguer un ADN cancéreux d’un ADN normal ». Plutôt gênant pour un test considéré fiable à 100 % dans d’autres écrits. Mirko BELJANSKI a du mal à se sortir de cette contradiction constatée d’ailleurs à une autre occasion avec un antibiotique : l’actinomycine D, en tentant d’apporter une explication des plus incohérentes. Tout dépendrait de la dose reçue qu’attesterait le retour à la différenciation de divers types de cellules néoplasiques. Tout se passerait comme si à des doses précises, un agent cancérigène aurait un effet inverse en reprogrammant les cellules anormales.  


Un autre test va donner un résultat tout aussi contradictoire. Une molécule promoteur des tumeurs, le TPA (12-tétradécanoylphorbol-13-acétate), a fait également l’objet d’un contrôle avec des ADN de diverses cellules saines et cancéreuses. Parmi les ADN sains introduits dans les éprouvettes, seul celui du foie montre qu’il serait quand même affecté avec une augmentation de l’absorption du rayonnement ultraviolet à 260 nm. Mais il serait moins vulnérable que l’ADN du cancer du foie. Ça fait déjà beaucoup d’observations contradictoires qui ne confirment plus l’efficacité à 100 % de l’oncotest décrit dans certains écrits.


Selon les écrits de son inventeur, l’oncotest aurait aussi la possibilité de découvrir des anticancéreux spécifiques et non toxiques pour les cellules saines. Les recherches de Mirko BELJANSKI auraient abouti à la découverte de plusieurs molécules ayant la propriété de rapprocher les brins séparés de l’ADN anormalement ouverts. Leur action serait spécifique sur les cellules transformées et n’aurait aucun effet sur les cellules saines. En présence de ces substances très particulières, l’oncotest montrerait une réduction de la synthèse de L’ADN des cellules cancéreuses. L’oncontest est-il vraiment fiable pour trouver de telles substances ?


Le ginkgo biloba a toujours été conseillé et vendu par Mirko BELJANSKI et ses héritiers pour combattre uniquement les fibroses consécutives des radiothérapies. Des extraits de ginkgo biloba ont donc été étudiés par Mirko BELJANSKI certainement avec son oncotest pour vérifier leurs propriétés. Ce qui est Caucase, c’est que des extraits de ginkgo biloba ont des propriétés anticancéreuses signalées récemment mais non précisées dans les écrits de Mirko BELJANSKI qui ne semble donc pas l'avoir découvert avec son oncotest. Pour cette raison, ils n’ont jamais été prescrits à cet effet, y compris de nos jours par ses héritiers. Des études ont montré que des extraits de Ginkgo biloba réduiraient le risque de cancer de l’ovaire. Une étude récente parue dans « European Journal of Cancer Prevention » en novembre 2011 précise que des extraits de Ginkgo biloba (ginkgolide B) sont capables in vitro de réduire également la prolifération de la lignée cellulaire humaine-636 porteuse de la mutation BRCA1 (5). Toutefois, le rapport bénéfices/risques n'a pas encore été évalué par les essais cliniques sur l'homme.


Dès lors, il est facile de comprendre pour quelles raisons l’oncotest n’a pas eu le succès escompté par son inventeur. A notre connaissance, personne n’a jusqu’à ce jour été capable de reproduire les résultats obtenus par Mirko BELJANSKI avec son oncotest à supposer qu’un chercheur décide de tenter l’aventure malgré les incohérences du protocole expérimental et les échecs précisés plus haut.


Notes  complémentaires :

- De nos jours, il existe des méthodes performantes pour mesurer  le taux de mitoses utilisant des marqueurs radioactifs comme la thymidine tritiée (dont un atome d’hydrogène est remplacé par un atome de tritium) sans faire appel à des solutions contenant de l’ADN purifié. Ces marqueurs sont introduits dans le substrat des cultures cellulaires pour mesurer l’activité des ADN-polymérases (qui sont effectivement des enzymes responsables de la réplication de l’ADN), ce qui permet de façon indirecte de mesurer les divisions cellulaires. La thymidine tritiée est incorporée quand les cellules arrivent en phase S du cycle cellulaire et l’activité réplicative peut être mesurée à l’aide d’autoradiographies. D’autres méthodes pour déterminer l’état prolifératif d’une population cellulaire par une estimation du pourcentage de cellules en phase S, utilisent la technique de cytométrie de flux (FACS) et le marquage de l’ADN par l’iodure de propidium. L’incorporation du bromo-deoxyyridine puis l’introduction d’anticorps avec un groupe fluorescent a l’avantage de produire des mesures plus précises.


- Beaucoup de facteurs de croissance agissent sur des voies de signalisation biochimiques par l’intermédiaire d’une classe de protéines appelées récepteurs membranaires ou intracellulaires comme les Récepteurs à Œstrogène (RE) ou les tyroxine-kinases. Lorsqu’un facteur de croissance (appelé ligand) se lie à un récepteur, le couple formé déclenche une cascade de réactions biochimiques obligeant la cellule à progresser dans le cycle cellulaire vers la mitose. Ces mécanismes de  traduction du signal biochimique étaient mal connus à l’époque de Mirko BELJANSKI. En présence de facteurs de croissance dans une solution nutritive, il est normal de constater une évolution plus rapide d’une lignée néoplasique par rapport à une lignée saine, d’autant que cette dernière est constituée essentiellement de cellules fonctionnelles qui ne peuvent plus se reproduire suite à leur différenciation, ce qui n’est pas le cas des cellules cancéreuses. A l’époque de Mirko BELJANSKI, l’organisation de l’homéostasie cellulaires et les caractéristiques des cellules souches, des précurseurs et des cellules fonctionnelles étaient encore très mal connues. Effectuer des tests avec certaines substances soupçonnées d’être cancérigène et d’ADN purifié de cellules fonctionnelles ayant forcément conservé les méthylations interdisant leur réplication, ne pouvait que fausser les résultats.

Sources :

1) Beljanski Method and reagent for detecting cancerigenic and anticancerous substances 

2) Nicotine et cancer  

3) Benzo pyrène

4) http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/7250482?dopt=Citation

5) Ginkgo may prevent genetic-associated ovarian cancer risk: multiple biomarkers and anticancer pathways induced by ginkgolide B in BRCA1-mutant ovarian epithelial cells - Jiang, Weia, b; Qiu, Weiliangd; Wang, Yishenga, b; Cong, Qinga, b; Edwards, Dalec; Ye, BINC; Xu, Congjiana,




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