Mirko Beljanski ; falcification de textes et de données historiques
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Des falsification de textes et de données historiques


La falsification d’un extrait du livre « le hasard et la nécessité » écrit par J. Monod


Pour justifier le mythe du complot, certains sites web qui défendent la cause de Mirko Beljanski, prétendent que ce dernier est le véritable découvreur de la transcriptase inverse, une enzyme qui transcrit le code génétique de l’ARN vers l’ADN chez les rétrovirus et les rétrotransposons (séquences d’ADN non codant capable de se multiplier de se déplacer et de s’insérer à d’autres endroits du génome). Cette découverte démentirait un postulat émis par Jacques Monod (le supérieur hiérarchique de Mirko Beljanski) qui aurait écrit dans son livre  « le hasard et la nécessité » publié en 1970, que cette transcription du code génétique de l’ARN à l’ADN serait impossible. Pour justifier cette allégation, les fans de Beljanski présentent souvent un extrait falsifié du livre de Jacques Monod. Par exemple, le site « onnouscachetout » reprenant un article paru dans la revue Nexus (N°33), prétend que Jacques Monod aurait écrit :


« Il faut ajouter enfin, et ce point est d’une très grande importance, que le mécanisme de la traduction est strictement irréversible. Il n’est ni observé, ni d’ailleurs concevable, que de l’ « information » soit jamais transférée dans le sens inverse, c’est-à-dire de protéine à ADN. Cette notion repose sur un ensemble d’observations si complètes et si sûres, aujourd’hui, et ses conséquences en théorie de l’évolution notamment, sont si importantes, qu’on doit la considérer comme l’un des principes fondamentaux de la biologie moderne ».

Jacques Monod a reçu un prix Nobel pour avoir mis en évidence que l’ADN est le point de départ des réactions biochimiques qui, par l’intermédiaire des ARN, produisent les protéines nécessaires aux réactions biochimiques des cellules. À partir de cette citation dans laquelle il est bien précisé « c'est-à-dire de l’ARN vers l’ADN », le ou les auteurs veulent montrer que J. Monod s’est lourdement trompé.

Or, Jacques Monod a écrit dans son livre « le hasard et la nécessité », p 124 -125 :

« Il faut ajouter enfin, et ce point est d’une très grande importance, que le mécanisme de la traduction est strictement irréversible. Il n’est ni observé, ni d’ailleurs concevable, que de l’ « information » soit jamais transférée dans le sens inverse, c’est-à-dire de protéine à ADN. Cette notion repose sur un ensemble d’observations si complètes et si sûres, aujourd’hui, et ses conséquences en théorie de l’évolution notamment, sont si importantes, qu’on doit la considérer comme l’un des principes fondamentaux de la biologie moderne ».

Jacques Monod a donc bien écrit « de protéine à ADN » et non pas de « l’ARN vers l’ADN »

Il semble étonnant qu'en 1970 Jacques Monod n'ait pas eu connaissance des travaux de David Baltimore et Howarld Temin sur la transcription reverse dont les premières publications remontent aux années 1960 – soit 10 ans avant la publication de son livre. Même à cette époque, les chercheurs restaient à l’écoute des dernières découvertes dans leur domaine respectif et échangeaient des informations surtout quand ils se rencontraient dans des congrès.


Sur l’irréversibilité de la traduction du code génétique, jamais J. Monod ne cite explicitemment les ARN dans son livre. Ce qui est visé dans les propos de J. Monod, c’est la relation entre l’ordre d’assemblage des acides aminés des protéines et le code génétique, et qu’il n’existe aucune donnée scientifique permettant de croire qu’une protéine peut servir de matrice pour reconstruire le code génétique. D’ailleurs, ce débat scientifique est encore d’actualité tant qu’on n’aura pas défini comment est apparue sur terre la première molécule d’acide nucléique. Depuis 40 ans, ce postulat de l’irréversibilité de l’information génétique de la protéine à l’ADN n’a jamais été démenti. Le livre de J Monod est très connu et il est encore en vente, on peut aussi le consulter dans de nombreuses bibliothèques. Chacun peut donc vérifier facilement ce qu’il a réellement écrit.


Une autre façon de faire dire à J. Monod ce qu’il n’a jamais écrit, est d’affirmer qu’il défend dans son livre « le dogme central de la biologie moléculaire » qu’aurait stipulé Francis Crick découvreur de la structure de l’ADN. Cette formulation n’est citée nulle part dans le livre de J Monod. En outre, quand en 1958 Francis Crick émit cette théorie, il utilisa l’expression « central dogma of molecular biology ». Selon certains auteurs, l’expression « dogma » en anglais utilisée par F. Crick dans sa formulation, signifie une idée qui n’est pas appuyée par des preuves expérimentales et qu’elle ne peut être considérée comme une vérité incontestable (1). Cette expression est difficilement traductible dans une autre langue et le mot dogme est apparu, changeant la signification de la formulation originale. Ce qui a été surtout dogmatisé, c’est cette dernière interprétation de l’expression de Francis Click que l’on trouve encore de nos jours dans des œuvres scientifiques de référence. La théorie initiale n’ayant pas prévu la possibilité d’un retour de l’information vers l’ADN à partir d’un ARN – la recherche fondamentale n’était pas suffisamment avancée dans cette direction à cette époque - l’irréversibilité de la traduction de l’information génétique à partir de l’ARN est maintenant considérée comme sous-entendu dans le livre de J. MONOD par certains auteurs. Un sous-entendu ne vaut pas la preuve d’un argument écrit, étant essentiellement dépendant de l’opinion de son auteur, donc contestable et en définitif, sans grande portée historique et scientifique.


Sources :


(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_fondamentale_de_la_biologie_mol%C3%A9culaire



Miro Beljanski n’est pas été le premier découvreur de la transcriptase inverse


L’historique de la découverte de la transcriptase inverse est également falsifié dans différents documents et sites web défendant la cause de Mirko BELJANSKI. Il est exact que les travaux de Mirko BELJANSKI l’ont amené à mettre en évidence l’existence d’une enzyme permettant de reconstituer le code ADN à partir de l’ARN dans les bactéries puis dans d’autres organismes. Mais, au niveau international, d’autres équipes travaillaient déjà sur la même piste notamment Howarld TEMIN et David BALTIMORE depuis plus longtemps. Quand on recherche dans Pubmed ou Refdoc les travaux publiés en 1970 sur la transcription reverse, on trouve de multiples références provenant d’un peu partout : (voir les quelques exemples en : 1-2-3-4-5).


Sur les sites web qui défendent la cause de Mirko BELJANSKI, il est précisé que Howarld TEMIN et Mirko BELJANSKI auraient annoncé l’existence générale de cette enzyme, la transcriptase inverse, au VIème symposium de biologie moléculaire tenu à Baltimore aux États-Unis en juin 1972. Trois ans après, Howarld TEMIN et David BALTIMORE obtiennent le Prix Nobel pour cette découverte, mais pas Mirko BELJANSKI qui s'estime alors être victime d'une injustice.


En réalité, la découverte de la transcriptase inverse est bien antérieure à l’année où Mirko BELJANSKI l’a trouvée dans une bactérie. C’est en 1960 que le principe de la transcription inverse est soupçonné par Howarld TEMIN sur le virus du sarcome de Rous (6). Puis cette découverte fait l’objet de 2 publications en 1964 (7-8). Il faudra attendre 1970 pour que Howarld TEMIN identifie cette enzyme (9) en même temps que David BALTIMORE, avec lequel il partagera un prix Nobel. David BALTIMORE a suivi une autre piste qui l'a amené en même temps au même endroit : la piste du « Moloney murine leukemia virus » (10-11-12).


Or, en 1970, il n’existe aucune publication de Mirko BELJANSKI montrant qu’il a effectivement isolé cette enzyme, tout au plus la confirmation du processus de la reverse transcription dans une étude collective publiée en 1971 (13). Celle-ci démontre surtout que les auteurs ont simplement mis en évidence que la transcriptase inverse existe aussi chez la bactérie E Coli : il n’existe donc aucune preuve montrant que Mirko BELJANSKI était au même niveau de recherche en 1970 que TEMIN et BALTIMORE. Sa prétention au prix Nobel n’est donc pas justifiée.


D’ailleurs, un prix Nobel n’est pas donné pour une publication, mais pour un travail remarquable ayant permis une avancée dans un domaine précis. Il y a une différence entre découvrir et mettre en évidence pour la première fois un mécanisme, en l’occurrence l’enzyme responsable de la transcriptase inverse ce qui fut une véritable révolution à l'époque, et ensuite confirmer la même chose un an plus tard dans un autre organisme – on devrait alors multiplier les prix Nobel à l’infini ce qui réduirait la portée de ce prix.


Enfin, quand on regarde les publications sur la reverse transcription dans Pubmed, refdoc, Publish ou Perish, on est surpris par la liste des publications auxquelles a participé Mirko BELJANSKI qui fait pâle figure par rapport à celles de TEMIN et BALTIMORE. Il est évident que l’impact-facteur de ses publications à cette époque est peu substantiel.


Il est fréquemment cité dans des livres et articles sur l’affaire Beljanski que H. TEMIN aurait reconnu la priorité de BELJANSKI pour la découverte de la transcriptase inverse chez les bactéries dans une « retro citation » publiée le 7-12-1989 dans la revue « Nature » volume 342, p. 624. En réalité, voici ce qu’a écrit TEMIN :


"Sir – In my News and Views article « Reverse Transcriptases. Retrons in Bacteria » (ref 1) i stated « no such reverse transcriptase seemed to exist in bateria ». M. BELJANSKI has since called my attention to his publications on reverse transcriptase in bacteria. This work was confirmed in several Soviet publication. It will be of interest to see if these activites are related to retrons."


Donc rien d’extraordinaire dans cette déclaration de TEMIN qui précise que son attention a été attirée par les publications de BELJANSKI sur la transcriptase inverse chez les bactéries, que ce travail a été confirmé dans plusieurs publication soviétiques (confirmant que Mirko Beljanski n’était pas seul à faire des recherches dans cette direction) et qu’il serait intéressant de voir si les activités décrites sont liées aux retrons (famille de rétroéléments découvert chez les bactéries) – ce qui veut dire en claire que cette découverte doit être confirmée par d’autres recherches plus approfondies.


Sources :

1) Reverse transcriptase in human milk virus - Nature. May 1971 - Sirtori C. Related Articles, Links

2) Australia antigen, coronavirus, and reverse transcriptase in viral hepatitis.Lancet. Jul 1971 Scolnick EM. Related Articles, Links

3) "Reverse transcriptase" in higher cells. Dev Biol. Sept 1971 - Goodman NC, Spiegelman S.

4) Distinguishing reverse transcriptase of an RNA tumor virus from other known DNA polymerases. Sept 1971 - Gallo RC, Sarin PS, Allen PT, Newton WA, Priori ES, Bowen JM, Dmochowski L.

5) Reverse transcriptase in type C virus particles of human origin. Nat New Biol. Aug 1971

6) http://www.answers.com/topic/howard-martin-temin

7) HOMOLOGY BETWEEN RNA FROM ROUS SARCOMA VIROUS AND DNA FROM ROUS SARCOMA VIRUS-INFECTED CELLS - Proc Natl Acad Sci U S A. aug 1964

8) THE PARTICIPATION OF DNA IN ROUS SARCOMA VIRUS PRODUCTION- Virology. Aug 1964

9) RNA-dependent DNA polymerase in virions of Rous sarcoma virus. Nature. Jun1970 - BALTIMORE D, FRANKLIN RM.

10) Preliminary data on a virus-specific enzyme system responsible for the synthesis of viral RNA. nov 1962 BALTIMORE D, FRANKLIN RM.

11)The effect of Mengovirus infection on the activity of the DNA-dependent RNA polymerase of L-cells. aug 1962

12)http://www.garfield.library.upenn.ed...R224200002.pdf

13) Transforming RNA bearers of hereditary characters in showdomycino-resistant Escherichia coli]Beljanski M, Bourgarel P





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