André Gernez ; la théorie du complot
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Agir contre l’imposture scientifique  et le charlatanisme en cancérologie

La théorie du complot


On retrouve la sempiternelle litanie du complot évoquée par tous les charlatans et encenseurs des pseudo-sciences accusant un carcan de professeurs de médecine d’être rebelle aux idées novatrices. Il est aussi reproché aux responsables de la santé publique de faire passer les préoccupations économiques avant les impératifs médicaux. Sur certains sites internet, on affirme que le Dr Gernez est le pasteur du IIIe millénaire et que son équipe aurait vaincu toutes les maladies dégénératives. Quarante ans plus tard, la plupart de ses théories seraient reconnues au niveau mondial sans jamais que son nom ne soit cité.


Ainsi, un noyau de cancérologues aussi réduit que puissant, aurait décidé d’imposer une censure qui va s’étendre progressivement au milieu scientifique puis déborder sur les hommes politiques pour enfin s’imposer à l’étranger. Le Pr Gellé, président de l’ordre de médecin du Nord, décide alors de réagir en faisant publier une déclaration dans le journal local « La Voix du Nord », le 5 novembre 1971 qui devait être relayée le soir aux actualités télévisées régionales, mais qui sera annulée à la demande du président lui-même pour éviter qu’une polémique ne s’installe dans le corps médical.













En lisant les écrits de cette époque provenant du Dr Gernez ou de ses disciples (recopiés de nos jours sur certains sites Web), on apprend que le plan anti-cancer américain lancé le 23 décembre 1971 s’appuie sur ses découvertes. D’après les déclarations du conseiller du Président Nixon, John Rooney, en 1976 la victoire sur le cancer serait totale. 40 ans plus tard, le cancer aux USA n’est pas vaincu. Le Président de l’Académie de Médecine des USA qui aurait déclaré le sujet comme « fascinant et d’une grande importance » aurait également été censuré. Alors que s’est-il passé ? Apparemment, le Dr Gernez a également été victime d’une censure aux USA. En 1974 le scandale s’exporte en Italie. Le maire de Florence est destitué 3 jours avant le Congrès international de cancérologie, parce qu’il avait décidé de dénoncer dans son discours inaugural, le «  mur du silence et de la honte ».


Cette histoire rocambolesque digne d’un film de science-fiction de bas étage, a même été évoquée dans MEDIAPART (1). On la retrouve un peu partout sur la toile, et sur un DVD vendu par une Union Biologique Internationale créée par le Dr A. Gernez avec quelques disciples, parmi ceux-ci, les docteurs Jacques Lacaze (a) et Jean-Pierre Willem (b).


Pendant ce temps-là, une étude in vivo en double aveugle ayant pour objet de confirmer ou infirmer les propositions de prévention du cancer du Dr Gernez, aurait été entreprise par Jean Claude Gak, chef de laboratoire de recherche de l’INSERM à l’Institut de Toxicologie de l’Université de Paris (Service du Pr René Truhaut). Cette expérimentation entreprise sur des rats, aurait été définie pour correspondre à la cancérisation naturelle humaine, c’est-à-dire sur plusieurs années pour que dans le cas où elle serait positive, elle puisse être immédiatement appliquée à l’homme. Mais qui a décidé de mettre en place ce protocole expérimental ? Mystère ! Le Dr A. Gernez aurait été averti de ces expériences en février 1971 par Jean Claude Gak. Ce dernier aurait déclaré au Dr A. Gernez avoir reçu l’instruction de les maintenir dans le secret. Le résultat aurait donné un taux de protection de 93 %, mais cette expérimentation ne sera jamais publiée dans la presse spécialisée à comité de lecture.


Lors d’une réunion à la Direction Générale de la Santé le 13 décembre 1974, le Dr J. Ripoche responsable du dossier, aurait demandé de rendre la procédure publique avant le 15 janvier 1975 (selon d’autres sources, la réunion aurait eu lieu au domicile du Dr J Ripoche (2)). La validité et l’intérêt de la procédure de prévention contre les cancers n’auraient pas été contestés, mais, en conclusion, la décision est prise de ne pas la rendre publique sous prétexte que les gens vont vivre plus longtemps et rendrait insoluble le problème du paiement des retraites (3). Le ministre de la Santé, M. Poniatowski alerté, aurait également été censuré et son successeur niera même l’existence de ces expérimentations.


On retrouve également dans cette affaire les arguments classiques avancés pour défendre les théories pseudo-scientifiques quand elles sont mises en difficulté. Lorsqu’elles font l’objet d’une étude critique qui montre leur faiblesse et leur incohérence motivant leur rejet, la théorie du complot est alors sortie du chapeau dans l’espoir que les foules viendront défendre le savant persécuté en avance sur son temps. Et c’est d’autant plus incitateur quand une personnalité du monde médical, sous le coup de l’émotion, prend parti avant de constater qu’elle est tombée dans un piège et se rétracte. Selon un article paru dans « La Gazette Médicale de France » du 26-11-1971, ce sont les membres du bureau du conseil départemental de l’ordre des médecins du Nord qui ont obligé leur président à revenir sur son appel à la télévision régionale. Dans ce même article, les méthodes du Dr A. Gernez pour mobiliser l’opinion publique contre les cancérologues qui refuseraient ses propositions, seront dénoncées. Dans tous les communiqués de presse qui traiteront de cette affaire, la référence à la qualité du président de l’ordre des médecins du Nord sera faite sans son accord et contre sa volonté par le Dr A. Gernez qui tentera par exemple en vain de dicter l’appel du Pr Gellé aux sténographes de presse de « l’Aurore » et du « Monde ». Il n’y aura pas d’autre intervention médiatique du Pr Gellé en faveur de Dr Gernez. Mais son appel sera largement exploité pendant plus de 40 ans par le groupuscule de disciples du Dr A. Gernez et ceux qui, par naïveté et/ou pour des raisons idéologiques, vont le recopier dans leurs écrits et sites internet.


Des recherches de l’INSERM boycottées, un ministre de la santé qui est lui-même censuré. Un complot national qui s’internationalise jusqu’aux USA … ; dans ce scénario extravagant, la plupart de ces allégations sont invérifiables. Il n’y a pas de témoignage écrit de la part de ceux qui auraient subits des pressions. Tous ceux qui pourraient agir se taisent ou se dérobent comme s’ils craignent la sanction d’une inquisition omniprésente et coupeuse de têtes. Ces allégations vont pourtant servir à alimenter une polémique entretenue dans la presse locale et à sensation. En s’adressant au public pour obtenir son soutien, donc à des personnes non qualifiées, la démarche est forcément malsaine. Autant demander à n’importe quel citoyen lambda de décider qui a raison dans un conflit entre experts en cancérologies. Cette manipulation sera bien entendu dénoncée par tous les cancérologues.


Dans ce récit de complot que l’on trouve un peu partout sur la toile, il est également précisé qu’il y aurait eu une tentative d’informer le corps médical d’un protocole de prévention reprenant les propositions du Dr Gernez. Plus de 4500 lettres devaient être envoyées par un service du ministère de la Santé, mais l’opération fut annulée. À cette époque, comme aujourd’hui, tout médicament anticancéreux devait faire l’objet de toutes les études afin de définir les bénéfices/risques avant qu’ils ne soient homologués et prescrits chez tous les malades. Il est étonnant qu’au ministère de la Santé, des fonctionnaires aient décidé d’engager une campagne de prévention sans qu’elle soit validée par des essais cliniques sur l’homme afin de vérifier les bénéfices/risques. Si, convaincu de la recevabilité des propositions du Dr Gernez, un chef de service a malgré tout commencé à mettre en place cette information auprès des médecins généralistes, on image la levée de boucliers bien légitime des cancérologues qui n’auraient pas manqué de souligner tout le danger d’une telle procédure en infraction aux règles fondamentales de l’expérimentation clinique.

En politique, les théories du complot ont toujours attiré les extrêmes. Pierre Ceyrac, moniste et député FN du Nord dans les années 1980-1990 (il a quitté le FN le 14-2-1994), est l’un des seuls hommes politiques ayant pris ouvertement le parti du Dr Gernez (4). Son attitude a été révélée sur le site de prevensect.com (5). Le Dr Gernez aura droit à un éloge après son décès sur le site national du FN (6).


a) Le Dr Jacques Lacaze, médecin généraliste retraité, a exercé à Liévin (62). Homéopathe et phytothérapeute, il indique sur son blog avoir suivi une formation universitaire en cancérologie à la faculté de Paris Nord, sous la direction du Professeur Lucien ISRAËL. Il a présidé le Comité de Défense et d’information sur le Cancer créé par André Camana pour défendre les travaux de Jean Solomidès. Compagnon de route du Dr GERNEZ depuis plus de 40 ans, selon ses dires parus dans le forum de futura sciences du 24-2-2012 (les causes du cancer p 24) et un document figurant dans une page de WIKI Pas de Calais (7), il a milité  dans les années 1960-1970, dans une organisation « "marxiste-léniniste" qualifiée aussi de maoïste ». Ses déclarations figurant sur son blog et dans d’autres sites internet marient des arguments politiques d’extrême gauche avec les allégations en vogue de la pseudoscience jusqu’à contester la médecine fondée sur la preuve et les expérimentations randomisées en double aveugle (8). Il fut membre fondateur d’une antenne locale de la Fondation Solidarité de Lens qui distribuait des produits issus de la phytothérapie africaine fabriqués à Toulouse par les Docteurs Pierre Tubery et Jacqueline Ragot, dont le Desmodium adscendens (en 1989 le nom est modifié et devient l’Association Solidarité pour le Soutien aux Malades). Dans son blog, J Lacaze indique qu’il fut poursuivi par l’Ordre des Médecins du Pas-de-Calais pour exercice illégal de la médecine et qu’il bénéficia d’une relaxe prononcée en 1996.


b) Le Dr Jean Pierre Willem qui appartenait à la mouvance de l’ethnomédecine a été radié de l’ordre des médecins en 1987. Selon le rapport de la Miviludes sur les sectes signalé dans « sciences et avenir santé » du 28-11-2011 (9), il prétendait guérir le SIDA avec des huiles essentielles et il aurait mis en pratique ses méthodes via son ONG, les « médecins aux pieds nus » (MAPN) auprès d’enfants atteints du VIH notamment au Togo et au Burundi.


Sources :


1  http://blogs.mediapart.fr/blog/gerard-karageorgis/241212/le-silence-sur-les-travaux-du-docteur-gernez

2 http://philippelopes.free.fr/GernezAndre.htm

3  http://www.lenouveaumonde.be/Docteur-Gernez.html

4 http://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Ceyrac_%28homme_politique%29

5 http ://www.prevensectes.com/moon5.htm

6 http://www.frontnational.com/2014/01/le-dr-andre-gernez-est-decede/

7 http://www.wikipasdecalais.fr/index.php?title=Fichier:Jacques_Lacaze_pf1978.jpg

8 http://www.legrandsoir.info/comment-fonctionne-la-medecine-officielle-quelques-elements-pour-comprendre.html

9 http ://www.sciencesetavenir.fr/sante/20110615.OBS5167/le-rapport-de-la-miviludes-sur-les-sectes-attention-aux-pseudo-therapeutes.html






Appel du professeur Gellé ; Président de l'Ordre des Médecins du Nord, publié dans "La Voix du Nord" du 5 novembre 1971.


Le caractère solennel de cet appel est nécessité par la nature grave de la matière. Il s'agit du cancer.

Parmi les auditeurs adultes qui m'écoutent, et qui mourront dans l'année à venir, 38 % d'entre eux en seront la victime. Il n'est pas question d'un traitement curatif, mais uniquement d'une prévention de ce fléau. Elle est actuellement basée sur des propositions qui ont été jugées, contrôlées et expérimentées sur des animaux depuis plusieurs années. De sorte que toute attitude dilatoire retire toute chance à la fraction de population qui entre dans l'âge de vulnérabilité.

II ne s'agit pas de proposer ou de défendre une thèse, mais de rompre un silence volontairement érigé, concerté et maintenu, sans aucune justification d'ordre éthique, et ce, en dépit de toutes les tentatives.

En conclusion, le public ne peut plus s’attendre à un cheminement naturel, traditionnel, auquel ces propositions ont déjà été soumises.

II s'agit d'un S.O.S., d'un sauve-qui-peut pour la fraction de la population en danger imminent.

Le Président du Conseil de l'Ordre, conscient de la rigueur des exposés, au courant des multiples témoignages émanant des plus hautes autorités en la matière qui en reconnaissent la valeur, a considéré qu'il était de son devoir de donner son concours et sa garantie morale à une action entreprise en vue de la protection de la santé ; c'est du reste une obligation qui lui est imposée par l'article 47 du Code de déontologie.

Chacun, maintenant, doit prendre les responsabilités qu'il croit pouvoir assumer et les moyens d'action qu'il pense à sa portée, sans compter sur l'action du voisin qui risquerait fort d'adopter la même attitude.

C'est la seule façon d'aboutir rapidement à un résultat.

Gazette médicale de France 26-11-1971


La réponse des cancérologues


Les cancérologues vont reprocher au Dr Gernez de ne pas respecter les voies traditionnelles des publications scientifiques comme le Pr LATARGER de l’institut Curie et vice-président de la Ligue National contre le Cancer. Le Pr LATARGER déclare dans Paris-Jour le 9 novembre 1971 « Je déplore que des problèmes scientifiques prennent cette tournure en étant exposés aux yeux du public par l’intermédiaire de la presse. Il aurait été souhaitable que le docteur Gernez annonce le résultat de ses travaux dans une publication spécialisée et sérieuse. Cela aurait été préférable à l’édition de ses travaux à contes d’auteur, car cela donne un aspect polémique peu conforme aux habitudes médicales qui sont garantes de sincérité. La science doit être constamment critique. La théorie des membranes de Fulmer sur la cancérisation, par exemple, a été l’objet de très vives controverses lorsqu’elle a été émise. Maintenant, elle est couramment admise. »


Un point de vue renouvelé dans l’Aurore le 18 novembre 1971 :


"J’ai lu les monographies publiées à compte d’auteur par le docteur A. Gernez. Je pense qu’avant de déclencher une polémique préjudiciable aux malades, il devrait soumettre ses travaux à une revue scientifique de caractère international. Tous les chercheurs dans le monde entier se plient à une telle discipline, et c’est avec l’expérimentation, la seule façon d’assurer actuellement le développement de la science avec toutes les garanties de sécurité et d’efficacité indispensables pour la protection de la santé humaine".


Dans un article de Paris Jours du 10 novembre 1971, le Dr Gernez prétend qu’il aurait tenté en vain de publier ses propositions dans la presse médicale. Alors que s’est-il passé ?


On ne publie pas n’importe quoi dans une presse scientifique à comité de lecture. Elle n’a pas pour vocation de servir de caisse de résonnance de tous les discours pseudo-scientifiques. Tout projet est d’abord soumis à des pairs qui vérifient sa qualité et s’il n’y a pas d’erreur, voire de tricherie. Or, déjà à cette époque, les propositions du Dr Gernez sont critiquées. Sortant de leur réserve, des cancérologues français vont exprimer plusieurs fois leur avis dans la presse médicale ainsi que dans la presse nationale et locale. Car, en portant le débat dans la rue, les cancérologues sont contraints de répondre aux sollicitations d’un public troublé par de faux espoirs. Voici par exemple l’opinion du Pr G. Mathé parue dans « La Gazette Médicale de France » également signalée dans le journal l’« Aurore » le 18 novembre 1971 par le journaliste Noël Bayon :


"La proposition du docteur André Gernez est sympathique et témoigne d’un effort de réflexion louable de la part d’un médecin non spécialisé en cancérologie. Malheureusement, elle ne résiste pas à la critique pour de nombreuses raisons, dont les principales sont les suivantes :


- La chimiothérapie ne peut détruire la « dernière cellule » car elle ne détruit qu’un pourcentage donné de cellules cancéreuses et non 100 p 100, ce qui enlève presque tout l’intérêt positif à l’essai proposé :

- Cette chimiothérapie est très toxique, surtout dans les formes de « cocktail » que propose le docteur André Gernez ; toxique pour la moelle osseuse, toxique pour les cellules germinales, voire cancérigènes, et cela même à faible dose.

- L’administration de faibles doses est le moyen habituellement employé expérimentalement pour obtenir des lignées cellulaires résistantes ; elle risque donc très probablement de conduire tout simplement les cellules de l’organisme ainsi traité à la résistance.

- Les chimiothérapies préventives ne peuvent donc différer notablement des chimiothérapies à visées curatives ; elles doivent obéir aux règles de la chimiothérapie moderne, c’est-à-dire l’administration intermittente à forte dose, selon un programme bien déterminé…"


L’avis du Pr G. Mathé reflète le niveau des connaissances en 1971 sur la chimiothérapie. Elles étaient surtout réservées aux cancéreux victimes d’une rechute et inopérables dans l’espoir de prolonger leur survie. De nos jours, avec l’introduction des polychimiothérapies néoadjuvantes et adjuvantes adaptées à la situation du patient (Il existe par exemple une dizaine de protocoles pour le cancer du sein), les pronostics sont différents, ces chimiothérapies participant avec d’autres traitements à l’amélioration statistique des survies à 5 ans. Il n’en reste pas moins qu’en 1971, déjà les Prs G. Mathé et R. Latarget montrent que l’introduction de cytostatiques même à faible dose dans une stratégie de prévention anticancéreuse chez des sujets sains, risque de faire apparaître un clone néoplasique résistant. De nos jours, ce problème de résistance est encore la principale cause des échecs des traitements des cancers avancés.


Les élus et les  ministres ont-ils vraiment participé à ce complot ? Pourtant, les théories du Dr Gernez feront l’objet de plusieurs interventions de parlementaires auprès du ministre de la Santé dans l’espoir de débloquer la situation qui leur est présentée. Voici un exemple :


Une réponse du ministre de la Santé au sénateur M. Guislain, est publiée dans le journal local « Nord Éclair » le 26-5-1973 dont voici un extrait : « Le ministre de la Santé publique a fait procéder à une enquête approfondie sur ces théories. Au stade actuel des investigations, il semble que la solution proposée soit difficilement applicable en raison du risque que l’on pourrait faire courir à des sujets sains. Elle implique en effet d’administrer à des individus en bonne santé, et dont une partie est seulement potentiellement atteinte de cancer non décelable, des médicaments relativement toxiques et dont l’utilisation risquerait d’entraîner des accidents. Il n’est pas évident qu’un tel traitement permettrait de réduire le nombre de cellules cancéreuses existant, chez un sujet apparemment sain, au niveau envisagé par la personnalité médicale susmentionnée».


Le Dr Gernez reprocha aux hommes politiques de retranscrire systématiquement l’avis des cancérologues, et donc d’être sous leur dépendance. Comment un homme politique, et surtout un ministre, aurait les moyens de porter un jugement sur un dossier médical sans faire appel à des experts ! Or, A. Gernez, comme l’a souligné le Pr. G. Mathé, n’est pas cancérologue. Sa spécialité, c’est la radiologie, discipline dans laquelle il est certainement compétent. Pour le reste, il n’est qu’un chercheur amateur qui a probablement acquis de nombreuses connaissances en cancérologie, mais sans le contrôle d’un institut spécialisé validant la qualité de ces connaissances par un diplôme. Quant à la pertinence de son argumentation scientifique, qui d’autres que des cancérologues seraient compétents pour l’examiner et porter un jugement !


Quand on consulte les extraits de la presse scientifiques ou de la presse nationale et locale de cette époque, on constate que les cancérologues axent leurs critiques essentiellement sur le danger des prescriptions de cytostatiques à faibles doses chez des sujets sains. Mais le Dr A. Gernez prétend aussi révolutionner la biologie et l’origine des maladies dégénératives par une interprétation personnelle sur les caractéristiques des « cellules génératrices » (dénommées de nos jours : cellules souches). Dans les années 1970, les propriétés des cellules progénitrices (précurseurs des cellules spécialisées assurant les fonctions biologiques) étaient très mal connues, ce qui explique probablement pour quelle raison certains scientifiques non spécialisés en cancérologie n’ont pas su dénicher les incohérences d’un discours apparemment scientifique, mais qui manquait de rigueur, mais pas seulement. Il est évident que les connaissances des années 1970 n’ont plus rien à voir avec ce que l’on sait aujourd’hui sur les cancers tant du point de vue fondamental que pathologique. Dans les années 1970 les études scientifiques évoquaient encore l’existence de « cellules germinatives » donnant naissance à deux cellules filles dont l’une pourra se diviser et pas l’autre. Les véritables cellules souches adultes multipotentes ont été pour la première fois isolées et cultivées en 1998 (Inserm – Cellules souches et thérapie cellulaire – avril 2009).





Article paru dans L’Aurore en novembre 1971


Nord Éclair  26-5-1973


Des expérimentations sur des rats entreprises par une arlésienne.


Le Rôle du Dr J. C. Gak dans cette affaire est très mystérieux. Après avoir signalé au Dr A. Gernez que les essais entrepris à l’Institut de Toxicologie de l’Université de Paris étaient concluants, il disparaît de la circulation. A-t-il fini sous les ponts de Paris ? Dans les écrits du Dr A. Gernez ou de ses disciples, rien ne précise ce qu’est devenu ce chercheur. Apparemment il n’a écrit quoi que ce soit sur cette affaire. Il aurait pu interpeller un parti politique d’opposition, voire contacter les comités pour la prévention et le traitement du cancer créés il y a 40 ans avec des clients de la Vie Claire et une poignée de sympathisants du Nord pour défendre les théories du Dr Gernez… De nos jours, cette arlésienne qui ne prend jamais parti, mais qui est citée dans tous les livres, revues et sites Web qui traitent de cette affaire, reste toujours invisible et muette. Les Drs Pierre Delahousse, Jacques Lacaze, Jean-Pierre Willem qui depuis plus de 40 ans font partie du carré d’intimes du Dr Gernez, et qui entretiennent le mythe de ce complot, n’ont jamais signalé durant toutes ces années les coordonnées de ce personnage, ni expliquer pour quelle raison il n’a rien fait pour confirmer ces expériences qui auraient été entreprises à l’Institut de Toxicologie de l’Université de Paris.


Pourtant, en consultant les bibliothèques en ligne de pubmed et refdoc, on trouve facilement des références d’articles scientifiques publiés de 1973 à 1978 dans lesquelles figurent un certain Gak J.-C. et le professeur Truhaut. On dénombre 11 publications, mais aucune ne fait référence à des essais sur des rats dans le but de vérifier les recommandations du Dr Gernez.


Enfin, en ce qui concerne ces expériences non publiées de JC GAK, le Dr J. Lacaze a écrit le 22-4-2012 dans le forum de Futura Sciences (les causes du cancer p 24) qu’il existe une autre version sur cette affaire « Le Professeur Georges Mathé aujourd’hui décédé, a une autre version, que le Dr Gak m’a confirmée en partie. Il y a là un problème… ». Quelle est donc cette version qui pose problème ? À ce jour, le mystère reste entier…


Une histoire qui évolue avec le temps qui passe.


Cette histoire de complot est jalonnée de péripéties qui vont évoluer avec les années, ce qui démontre le peu de fiabilité que l'on doit leur accorder.


Depuis 1974, dans les déclarations du Dr A. Gernez et de son entourage, il y a toujours été précisé que les expériences de J.P. GAK auraient été menées sur plusieurs lots de rats dont certains auraient fait l’objet d’une hépatectomie partielle avec un cancérigène, l’objectif étant aussi de prouver que la réduction des cellules souches provoquées par cette hépatectomie favorise la cancérisation (1). En 2010, 36 ans après que cette version a été émise, on a droit à une rectification importante : Il ne s’agit pas d’une greffe de tissus cancéreux (protocole de nouveau précisé dans une lettre du 18 juin 1910 du Dr J. Lacaze figurant sur son site internet et envoyée au directeur général de la Santé) mais d’une tentative de cancérisation à partir d’un cancérigène connu (2). On apprend que ce protocole repose sur l’utilisation d’un produit provoquant un hépatome, obtenu à partir d’arachide fermentée. Toutefois, l’anticancéreux utilisé n’est toujours par connu. On ne peut que s’étonner de la faiblesse de la source d’information à géométrie variable.


Après avoir pris connaissance du détail relatif à l’aflatoxine, Le Dr J. Lacaze décide d’envoyer une seconde lettre le 20 juin 1910 à M. Didier Houssin (3), directeur général de la Santé, pour lui signaler cette nouvelle trouvaille qui serait d’une extrême importance. Il paraît que l’expérimentation avec un cancer greffé aurait été beaucoup moins démonstrative (4) (pourquoi ? encore un mystère !).

Sources :

1) N° 5 ; Bulletin d’information de l’Union nationale des comités pour la prévention et le traitement du cancer – N°6 juin 1974

2) http ://www.gernez.asso.fr/#/lettre-du-18-juin-2010/3932999

3) http ://www.gernez.asso.fr/#/lettre-du-20-juin-2010/3933013

4) http ://www.jacques-lacaze.com/article-prevenir-le-cancer-c-est-possible-52663451.html


Chapitre suivant : Le mécanisme général du cancer selon le Docteur Gernez